Le client conteste l'expertise : contre-expertise, tierce expertise ou médiation ?

Votre client refuse le chiffrage de l'expert. Les quatre voies de recours, qui paie quoi, les deux délais à ne pas manquer et le rôle du cabinet.

Par FCB.ai, équipe éditoriale ORISPublié le 7 min de lecture
Sommaire
  1. Avant de contester, qualifier le désaccord
  2. Les quatre voies, et qui paie quoi
  3. Les deux délais à ne jamais laisser filer
  4. Le rôle exact du cabinet — et ses limites
  5. Questions fréquentes

« L'expert est passé vingt minutes, il annonce 9 000 €, le devis du plombier est à 16 000 €. Vous faites quoi ? » Ce message arrive un vendredi à 18 h, et la réponse improvisée du gestionnaire décide souvent de la suite du dossier. Deux réflexes coûtent cher : promettre au client qu'on va « faire revoir l'expert », ou lui conseiller immédiatement de prendre un avocat. Entre les deux, il existe quatre voies, avec des coûts et des effets très différents — et deux délais qui, eux, ne se rattrapent pas.

Avant de contester, qualifier le désaccord

Un client mécontent d'une expertise conteste rarement ce qu'il croit contester. Faire ce tri en dix minutes évite d'engager la mauvaise procédure.

  • Un désaccord sur le montant (chiffrage des travaux, vétusté appliquée, valeur de remplacement). C'est le terrain naturel de la contre-expertise.
  • Un désaccord sur la cause ou la date du sinistre, qui conditionne la garantie mobilisée. Le débat est technique, mais l'enjeu est juridique.
  • Un refus de garantie fondé sur une exclusion, une condition de garantie non respectée ou une déclaration inexacte. Ici, une contre-expertise ne servira à rien : le sujet est le contrat, pas le chiffrage.
  • Une réduction d'indemnité par application d'une règle proportionnelle. Le client croit à une erreur de l'expert alors que le mécanisme est contractuel et légal — nous l'avons détaillé dans l'article sur la sous-assurance et la règle proportionnelle.

Première demande à formuler, quel que soit le cas : le rapport d'expertise. Sa communication n'est pas systématiquement imposée par la réglementation — elle l'est dans certains domaines, notamment en automobile ou en dommages-ouvrage. Ailleurs, il faut regarder le contrat, qui prévoit souvent la remise sur demande, et à défaut la solliciter par écrit auprès de la compagnie. Sans ce document, toute contestation se construit à l'aveugle.

Les quatre voies, et qui paie quoi

VoieComment elle s'enclencheQui la financePortée
Réexamen amiableCourrier motivé avec pièces nouvelles (devis, factures, photos)PersonneAucune garantie de résultat, mais le coût est nul et le délai court
Contre-expertiseLe client mandate son propre expert d'assuréLe client, sauf garantie « honoraires d'expert » au contratProduit un second rapport, contradictoire du premier
Tierce expertiseClause d'expertise du contrat : les deux experts désignent un troisièmePartage prévu par le contrat, souvent moitié-moitié ou à la charge de l'assureurConclusions généralement opposables aux deux parties
Médiation de l'assuranceSaisine après réclamation écrite restée sans issueGratuit pour le consommateurAvis motivé qui ne lie pas les parties

Trois précisions que les clients ignorent presque toujours.

La contre-expertise a un prix. L'expert d'assuré se rémunère le plus souvent en pourcentage de l'indemnité obtenue. Avant de l'encourager, le réflexe du cabinet est de relire la garantie « honoraires d'expert » du contrat : elle existe dans beaucoup de multirisques habitation et professionnelles, mais elle est plafonnée, parfois exprimée en pourcentage de l'indemnité, et subordonnée à des conditions (facture acquittée, expertise amiable et non judiciaire). Vérifier ce point avant d'en parler au client évite une déception facturée quelques milliers d'euros.

La tierce expertise n'est pas un droit légal général. C'est une clause du contrat, présente dans la plupart des polices incendie, dégâts des eaux et multirisques, absente d'autres. Il faut donc l'avoir lue avant de la proposer. Dans un seul cas le Code des assurances organise lui-même l'arbitrage d'un tiers : la protection juridique, où l'article L. 127-4 permet de soumettre un désaccord à une tierce personne.

La médiation n'est pas une voie de recours contre l'expert. Elle porte sur l'application ou l'interprétation du contrat entre l'assuré et son assureur ou son intermédiaire adhérent au dispositif. Elle suppose que le client ait d'abord tenté de résoudre le litige par une réclamation écrite, et qu'aucune action judiciaire ne soit engagée — le Médiateur se dessaisit si une instance est introduite en cours d'examen. L'avis motivé est rendu dans les quatre-vingt-dix jours suivant la réception du dossier complet, et il ne lie pas les parties ; l'assureur qui décide de ne pas le suivre doit en informer le Médiateur par un courrier de sa direction générale. En 2025, l'association a enregistré 46 830 saisines, dont 45 % jugées recevables : le volume est tel que les délais réels s'allongent nettement au-delà des quatre-vingt-dix jours théoriques.

Les deux délais à ne jamais laisser filer

C'est le point sur lequel un cabinet apporte le plus de valeur, parce qu'il est invisible pour le client.

La prescription biennale. L'article L. 114-1 du Code des assurances prescrit par deux ans toutes les actions dérivant du contrat d'assurance, à compter de l'événement qui y donne naissance. Un dossier sinistre qui traîne dix-huit mois en discussions amiables est un dossier à six mois de l'irrecevabilité.

L'article L. 114-2 énumère les causes d'interruption, et deux méritent d'être affichées au mur du service sinistres :

  1. La désignation d'experts à la suite d'un sinistre interrompt la prescription. Mandater un expert d'assuré n'est donc pas seulement une démarche technique : c'est un acte qui remet le compteur à zéro.
  2. L'envoi d'une lettre recommandée ou d'un envoi recommandé électronique, avec accusé de réception, adressé par l'assuré à l'assureur en ce qui concerne le règlement de l'indemnité. Le corollaire est brutal : une relance envoyée par messagerie, aussi datée et archivée soit-elle, n'interrompt pas la prescription. Le cabinet peut suivre le dossier sur WhatsApp, mais l'acte conservatoire doit sortir en recommandé.

La fenêtre de la médiation. La saisine suppose une réclamation écrite préalable et suspend le délai légal de prescription, mais elle n'est pas ouverte indéfiniment : en pratique, le dossier doit comporter une réclamation de plus de deux mois et de moins d'un an. Un client qui laisse passer quatorze mois après sa réclamation perd cette voie gratuite et se retrouve devant le seul choix judiciaire.

Le rôle exact du cabinet — et ses limites

Un courtier n'est ni expert, ni arbitre, ni avocat. Ce qu'il apporte tient en cinq gestes, tous documentables :

  1. Obtenir et lire le rapport avant d'exprimer un avis. Un chiffrage bas s'explique parfois par une vétusté contractuelle que le client a acceptée à la souscription.
  2. Rappeler ce que dit le contrat : clause d'expertise, garantie honoraires d'expert, plafonds, franchise, modalités d'indemnisation en valeur à neuf ou vétusté déduite.
  3. Poser les délais par écrit au client, en distinguant ce qui est amiable et ce qui est conservatoire.
  4. Faire remonter le désaccord à la compagnie par le canal réclamation, sans attendre que le client le fasse seul.
  5. Ne rien promettre sur le résultat. Écrire « je fais rouvrir le dossier » engage le cabinet ; écrire « je transmets une demande de réexamen motivée et je vous réponds sous huit jours » l'engage sur ce qu'il maîtrise.

Ce dernier point vaut aussi pour le canal. Quand le suivi se fait par messagerie, la tentation est de répondre vite et court. Un cabinet organisé s'appuie plutôt sur des points d'étape réguliers — la logique décrite dans notre page suivre un sinistre en gardant le client informé, avec un modèle prêt à adapter pour le point d'étape sinistre. Dans ORIS, ces échanges restent dans l'inbox partagée et l'analyse des réponses fait remonter un client dont le mécontentement s'aggrave dans Opportunities & Risks, plutôt que de le laisser disparaître dans le téléphone d'un gestionnaire absent. L'outil ne règle pas le litige ; il évite qu'un dossier contesté s'endorme jusqu'à la prescription.

Dernier conseil de méthode : traiter la contestation d'expertise comme un motif de réclamation à part entière dans le registre du cabinet. C'est souvent là que se lisent les vrais sujets — un assureur dont les chiffrages dégâts des eaux sont systématiquement contestés, un produit dont la vétusté est mal expliquée à la souscription. Les mécanismes de gestion entre compagnies, eux, se comprennent avec l'article sur la convention IRSI, et les autres sujets de gestion sinistres sont regroupés dans la rubrique sinistres.

Questions fréquentes

Le client peut-il refuser les conclusions de l'expert de l'assureur ?

Oui. Le rapport de l'expert mandaté par la compagnie n'est pas une décision : c'est un avis technique qui fonde la proposition d'indemnisation. L'assuré peut le discuter, apporter des pièces contraires, mandater son propre expert ou déclencher la tierce expertise si le contrat la prévoit.

Qui paie l'expert d'assuré ?

Le client, sauf si son contrat comporte une garantie « honoraires d'expert ». Cette garantie est fréquente en habitation et en risques professionnels, mais presque toujours plafonnée et assortie de conditions. Il faut la vérifier dans les conditions particulières avant d'orienter le client, pas après.

Les conclusions de la tierce expertise s'imposent-elles ?

Cela dépend de la rédaction de la clause d'expertise du contrat, qui organise généralement une évaluation opposable aux deux parties. Ce n'est pas un jugement pour autant : la contestation reste possible devant le juge, notamment en cas d'irrégularité de la procédure suivie.

Une relance WhatsApp interrompt-elle la prescription de deux ans ?

Non. L'article L. 114-2 du Code des assurances vise l'envoi d'une lettre recommandée ou d'un envoi recommandé électronique avec accusé de réception, adressé par l'assuré à l'assureur pour le règlement de l'indemnité, ainsi que la désignation d'experts à la suite d'un sinistre. Une messagerie sert à suivre le dossier, pas à le conserver juridiquement.

Faut-il conseiller la médiation ou le tribunal ?

La médiation est gratuite, écrite et confidentielle, et elle suspend la prescription : elle se tente d'abord, à condition que la réclamation écrite ait été faite et qu'aucune action judiciaire ne soit engagée. Le recours au juge reste ouvert ensuite, l'avis du Médiateur ne liant pas les parties.

Voir ORIS en action

Inbox WhatsApp partagée, fiches clients, relances et opportunités pour tout le cabinet. Démonstration en 15 minutes.

Réserver une démo
Réserver une démo