Aggravation du risque en cours de contrat : la relance que votre cabinet doit organiser
Quinze jours, lettre recommandée, réduction d'indemnité : ce que le client doit déclarer en cours de contrat, et comment le cabinet provoque la déclaration.
Dix jours, trente jours, dix jours : le calendrier de l'article L. 113-3, ce que le cabinet doit faire à chaque étape, et comment prouver qu'il a prévenu.
La phrase revient chaque année dans les cabinets : « Personne ne m'avait dit que je n'étais plus assuré. » Elle arrive presque toujours après un sinistre, quand le client découvre que son contrat était suspendu depuis six semaines pour une prime de quelques centaines d'euros. À ce stade, la discussion n'est plus commerciale : elle porte sur ce que le cabinet a envoyé, quand, et sur quoi il peut le prouver.
Le calendrier de l'impayé n'est pas une pratique de compagnie, c'est un texte. En France, l'article L. 113-3 du code des assurances fixe des délais que ni l'assureur ni le courtier ne peuvent raccourcir. Les connaître par cœur change la façon dont un cabinet organise ses relances : on ne relance pas « quand on y pense », on relance sur des dates qui ont une conséquence juridique.
Le mécanisme s'enchaîne en trois temps. Aucun d'eux ne se déclenche automatiquement : c'est l'envoi de la mise en demeure par l'assureur qui met la machine en route.
| Étape | Point de départ | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| Défaut de paiement constaté | 10 jours après l'échéance de la prime ou de la fraction de prime | L'assureur peut adresser une mise en demeure. La garantie court toujours. |
| Suspension de la garantie | 30 jours après la mise en demeure | Le contrat existe encore, mais l'assureur ne garantit plus. C'est la période la plus dangereuse pour le client. |
| Résiliation possible | 10 jours après l'expiration du délai de 30 jours | L'assureur peut résilier le contrat. Il n'y est pas obligé et peut aussi poursuivre le paiement en justice. |
| Remise en vigueur | Paiement des arriérés et des frais | Si le contrat n'a pas été résilié, il reprend effet à midi le lendemain du paiement des primes arriérées, de celles échues pendant la suspension et des frais de poursuite et de recouvrement. |
Deux conséquences pratiques passent souvent à la trappe. D'abord, pendant la suspension, la prime reste due : le client ne paie pas et n'est pas couvert, mais sa dette continue de courir. Ensuite, la remise en vigueur ne rétroagit pas : un sinistre survenu pendant la suspension reste hors garantie, même si le client régularise le lendemain. C'est exactement ce qu'un assuré ne comprend pas seul, et c'est là que se joue la valeur de l'explication du courtier.
Un cabinet qui travaille des deux côtés de la frontière ne peut pas transposer le calendrier français tel quel. La loi belge du 4 avril 2014 relative aux assurances impose une mise en demeure par exploit d'huissier ou par lettre recommandée, avec un délai de paiement qui ne peut être inférieur à quinze jours à compter du lendemain de la signification ou du dépôt du recommandé. Le contenu de cet écrit est encadré : il doit rappeler la date d'échéance et le montant de la prime, les conséquences du défaut de paiement, le point de départ du délai, et préciser que la suspension ou la résiliation prend effet le lendemain du jour où ce délai expire.
La différence est instructive pour un courtier français : en Belgique, la loi elle-même exige que le client soit informé des conséquences. En France, cette pédagogie n'est pas imposée par L. 113-3 — mais c'est précisément le terrain sur lequel la responsabilité du cabinet peut être recherchée en cas de litige.
Le cabinet n'envoie pas la mise en demeure : c'est un acte de l'assureur (sauf mandat d'encaissement particulier). Mais il est le seul interlocuteur que le client aura au téléphone, et le seul à qui il reprochera de ne pas l'avoir alerté. La séquence utile tient en quatre moments, indépendants de ce que fait la compagnie :
Ces quatre dates ne remplacent pas l'échéancier général du cabinet ; elles s'y greffent. Si vous n'avez pas encore posé ce calendrier global sur l'année, l'article sur l'échéancier annuel d'un cabinet multi-contrats en donne la trame.
Face à « personne ne m'a prévenu », une capture d'écran de téléphone personnel ne vaut pas grand-chose. Ce qui tient, c'est un historique daté, attribué à un collaborateur identifié, rattaché au contrat, et conservé après le départ de la personne qui a écrit. Cela suppose que les relances partent d'un numéro professionnel du cabinet et non du portable d'un gestionnaire, et que la conversation soit rattachée à la fiche client plutôt qu'à un appareil.
Dans ORIS, cette séquence se pilote sur le portefeuille plutôt qu'au cas par cas : les clients dont l'échéance approche sont isolés dans un segment, les rappels partent depuis des modèles Meta approuvés de catégorie utility, et chaque envoi comme chaque réponse restent dans la conversation attachée au client. Les réponses entrantes sont classées et les cas sensibles remontent en escalade humaine plutôt que de partir en réponse automatique — un impayé n'est jamais un sujet à traiter par robot. Le suivi d'encaissement, lui, reste dans les outils de gestion du cabinet : ORIS exporte en CSV, il ne remplace pas votre logiciel de quittancement.
Non, sauf mandat spécifique de l'assureur. La mise en demeure prévue par l'article L. 113-3 est un acte de l'assureur, qui déclenche les délais de suspension et de résiliation. Le cabinet peut en revanche — et devrait — informer le client de son envoi, de ses conséquences et de la date exacte à laquelle la garantie tombera.
Oui. La garantie n'est pas suspendue tant que ce délai de trente jours n'est pas expiré. Un sinistre survenu dans cette fenêtre reste en principe couvert, la prime restant due. C'est la raison pour laquelle une régularisation rapide, dans ce délai, protège réellement le client.
Le contrat, s'il n'a pas été résilié, reprend ses effets à midi le lendemain du paiement des primes arriérées, de celles échues pendant la suspension et des frais de poursuite et de recouvrement. Mais la reprise ne vaut que pour l'avenir : les sinistres survenus pendant la suspension restent hors garantie.
Rien ne l'interdit, à condition de disposer d'un accord préalable du client pour être contacté sur ce canal, de rester sobre sur le contenu du message et de ne pas exposer de données inutiles. Une relance d'impayé est un message de service, pas une campagne commerciale : elle doit être individuelle, factuelle et rattachée au contrat concerné.
Tout dépend de ce qui a été dit et de ce qui peut être montré. Le courtier est tenu d'un devoir d'information et de conseil qui ne s'arrête pas à la souscription. Un cabinet qui peut produire des relances datées, précises sur les conséquences, et adressées au bon interlocuteur, se trouve dans une position très différente de celui qui n'a qu'un souvenir d'appel téléphonique.
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