Relances et échéances

Impayé de prime : le calendrier légal entre l'échéance et la résiliation, et le rôle du courtier

Dix jours, trente jours, dix jours : le calendrier de l'article L. 113-3, ce que le cabinet doit faire à chaque étape, et comment prouver qu'il a prévenu.

Publié le 7 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Dix jours, trente jours, dix jours : le calendrier de l'article L. 113-3
  2. Trois cas où le calendrier ne s'applique pas comme on le croit
  3. Belgique : même logique, mise en demeure plus formaliste
  4. Le rôle du courtier : prévenir tôt, et pouvoir le prouver
  5. La preuve : ce qu'un cabinet doit pouvoir ressortir dix-huit mois plus tard
  6. Questions fréquentes

La phrase revient chaque année dans les cabinets : « Personne ne m'avait dit que je n'étais plus assuré. » Elle arrive presque toujours après un sinistre, quand le client découvre que son contrat était suspendu depuis six semaines pour une prime de quelques centaines d'euros. À ce stade, la discussion n'est plus commerciale : elle porte sur ce que le cabinet a envoyé, quand, et sur quoi il peut le prouver.

Le calendrier de l'impayé n'est pas une pratique de compagnie, c'est un texte. En France, l'article L. 113-3 du code des assurances fixe des délais que ni l'assureur ni le courtier ne peuvent raccourcir. Les connaître par cœur change la façon dont un cabinet organise ses relances : on ne relance pas « quand on y pense », on relance sur des dates qui ont une conséquence juridique.

Dix jours, trente jours, dix jours : le calendrier de l'article L. 113-3

Le mécanisme s'enchaîne en trois temps. Aucun d'eux ne se déclenche automatiquement : c'est l'envoi de la mise en demeure par l'assureur qui met la machine en route.

ÉtapePoint de départCe qui se passe
Défaut de paiement constaté10 jours après l'échéance de la prime ou de la fraction de primeL'assureur peut adresser une mise en demeure. La garantie court toujours.
Suspension de la garantie30 jours après la mise en demeureLe contrat existe encore, mais l'assureur ne garantit plus. C'est la période la plus dangereuse pour le client.
Résiliation possible10 jours après l'expiration du délai de 30 joursL'assureur peut résilier le contrat. Il n'y est pas obligé et peut aussi poursuivre le paiement en justice.
Remise en vigueurPaiement des arriérés et des fraisSi le contrat n'a pas été résilié, il reprend effet à midi le lendemain du paiement des primes arriérées, de celles échues pendant la suspension et des frais de poursuite et de recouvrement.

Deux conséquences pratiques passent souvent à la trappe. D'abord, pendant la suspension, la prime reste due : le client ne paie pas et n'est pas couvert, mais sa dette continue de courir. Ensuite, la remise en vigueur ne rétroagit pas : un sinistre survenu pendant la suspension reste hors garantie, même si le client régularise le lendemain. C'est exactement ce qu'un assuré ne comprend pas seul, et c'est là que se joue la valeur de l'explication du courtier.

Trois cas où le calendrier ne s'applique pas comme on le croit

  1. L'assurance sur la vie est hors champ. L'article L. 113-3 exclut expressément l'assurance vie, qui relève d'un régime propre : pas de suspension par mise en demeure, mais des mécanismes de réduction ou de rachat selon le contrat. Confondre les deux régimes dans une relance est une erreur courante dans les cabinets qui gèrent à la fois dommages et prévoyance.
  2. Certains contrats collectifs obligatoires échappent à la suspension. Quand l'adhésion résulte d'une obligation prévue par une convention de branche ou un accord professionnel, l'assureur ne peut pas se prévaloir des dispositions de suspension et de résiliation pour non-paiement. Le sujet se pose typiquement sur la santé collective d'entreprise.
  3. En responsabilité civile automobile, la suspension ne protège plus l'assureur face aux victimes. Depuis le décret n° 2023-1225 du 21 décembre 2023, la suspension pour non-paiement n'est plus opposable aux personnes lésées par un accident de la circulation ; la Cour de cassation l'a confirmé le 26 juin 2025 en jugeant l'ancien texte contraire au droit de l'Union. L'assureur indemnise la victime, puis se retourne contre son assuré. Autrement dit, le client impayé ne « fait pas d'économie » : il devient personnellement débiteur du sinistre.

Belgique : même logique, mise en demeure plus formaliste

Un cabinet qui travaille des deux côtés de la frontière ne peut pas transposer le calendrier français tel quel. La loi belge du 4 avril 2014 relative aux assurances impose une mise en demeure par exploit d'huissier ou par lettre recommandée, avec un délai de paiement qui ne peut être inférieur à quinze jours à compter du lendemain de la signification ou du dépôt du recommandé. Le contenu de cet écrit est encadré : il doit rappeler la date d'échéance et le montant de la prime, les conséquences du défaut de paiement, le point de départ du délai, et préciser que la suspension ou la résiliation prend effet le lendemain du jour où ce délai expire.

La différence est instructive pour un courtier français : en Belgique, la loi elle-même exige que le client soit informé des conséquences. En France, cette pédagogie n'est pas imposée par L. 113-3 — mais c'est précisément le terrain sur lequel la responsabilité du cabinet peut être recherchée en cas de litige.

Le rôle du courtier : prévenir tôt, et pouvoir le prouver

Le cabinet n'envoie pas la mise en demeure : c'est un acte de l'assureur (sauf mandat d'encaissement particulier). Mais il est le seul interlocuteur que le client aura au téléphone, et le seul à qui il reprochera de ne pas l'avoir alerté. La séquence utile tient en quatre moments, indépendants de ce que fait la compagnie :

  1. Avant l'échéance (J-10). Un rappel factuel : montant, date, moyen de paiement. C'est le message le moins cher du cycle, et celui qui évite la moitié des dossiers. Notre modèle de relance d'échéance à J-10 est calibré pour cet usage.
  2. Au rejet de prélèvement (J+1 à J+3). Le rejet est une information objective : le dire vite, sans jugement, avec une action unique. Le déroulé complet est décrit dans le cas d'usage prélèvement rejeté ou impayé.
  3. À réception de la mise en demeure (J+11 environ). C'est le message le plus important de la séquence, et le plus souvent oublié. Il doit énoncer une date précise : « à défaut de règlement avant le [date], votre garantie sera suspendue ». Le modèle de relance sur prime en retard donne trois formulations selon le ton du cabinet.
  4. À l'approche de la suspension (J+38). Dernier appel avant que la couverture tombe. Sur un contrat auto ou multirisque habitation, ce message mérite un appel doublé d'un écrit — c'est la limite entre un client à relancer et une déchéance à assumer.

Ces quatre dates ne remplacent pas l'échéancier général du cabinet ; elles s'y greffent. Si vous n'avez pas encore posé ce calendrier global sur l'année, l'article sur l'échéancier annuel d'un cabinet multi-contrats en donne la trame.

La preuve : ce qu'un cabinet doit pouvoir ressortir dix-huit mois plus tard

Face à « personne ne m'a prévenu », une capture d'écran de téléphone personnel ne vaut pas grand-chose. Ce qui tient, c'est un historique daté, attribué à un collaborateur identifié, rattaché au contrat, et conservé après le départ de la personne qui a écrit. Cela suppose que les relances partent d'un numéro professionnel du cabinet et non du portable d'un gestionnaire, et que la conversation soit rattachée à la fiche client plutôt qu'à un appareil.

Dans ORIS, cette séquence se pilote sur le portefeuille plutôt qu'au cas par cas : les clients dont l'échéance approche sont isolés dans un segment, les rappels partent depuis des modèles Meta approuvés de catégorie utility, et chaque envoi comme chaque réponse restent dans la conversation attachée au client. Les réponses entrantes sont classées et les cas sensibles remontent en escalade humaine plutôt que de partir en réponse automatique — un impayé n'est jamais un sujet à traiter par robot. Le suivi d'encaissement, lui, reste dans les outils de gestion du cabinet : ORIS exporte en CSV, il ne remplace pas votre logiciel de quittancement.

Questions fréquentes

Le courtier peut-il envoyer lui-même la mise en demeure ?

Non, sauf mandat spécifique de l'assureur. La mise en demeure prévue par l'article L. 113-3 est un acte de l'assureur, qui déclenche les délais de suspension et de résiliation. Le cabinet peut en revanche — et devrait — informer le client de son envoi, de ses conséquences et de la date exacte à laquelle la garantie tombera.

Un client peut-il être garanti pendant les trente jours qui suivent la mise en demeure ?

Oui. La garantie n'est pas suspendue tant que ce délai de trente jours n'est pas expiré. Un sinistre survenu dans cette fenêtre reste en principe couvert, la prime restant due. C'est la raison pour laquelle une régularisation rapide, dans ce délai, protège réellement le client.

Que se passe-t-il si le client paie après la suspension mais avant la résiliation ?

Le contrat, s'il n'a pas été résilié, reprend ses effets à midi le lendemain du paiement des primes arriérées, de celles échues pendant la suspension et des frais de poursuite et de recouvrement. Mais la reprise ne vaut que pour l'avenir : les sinistres survenus pendant la suspension restent hors garantie.

Peut-on relancer un impayé sur WhatsApp ?

Rien ne l'interdit, à condition de disposer d'un accord préalable du client pour être contacté sur ce canal, de rester sobre sur le contenu du message et de ne pas exposer de données inutiles. Une relance d'impayé est un message de service, pas une campagne commerciale : elle doit être individuelle, factuelle et rattachée au contrat concerné.

Le cabinet est-il responsable si le client n'a pas compris qu'il n'était plus couvert ?

Tout dépend de ce qui a été dit et de ce qui peut être montré. Le courtier est tenu d'un devoir d'information et de conseil qui ne s'arrête pas à la souscription. Un cabinet qui peut produire des relances datées, précises sur les conséquences, et adressées au bon interlocuteur, se trouve dans une position très différente de celui qui n'a qu'un souvenir d'appel téléphonique.

Voir ORIS en action

Inbox WhatsApp partagée, fiches clients, relances et opportunités pour tout le cabinet. Démonstration en 15 minutes.

Réserver une démo
Réserver une démo