Relances et échéances

Santé et prévoyance collectives : les deux calendriers de résiliation que le cabinet doit tenir

La santé collective se résilie à tout moment après un an, la prévoyance seule non. Les deux calendriers, les pièces à réclamer et les relances d'automne.

Publié le 7 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Deux régimes de résiliation dans le même dossier
  2. Ce que le cabinet vérifie contrat par contrat
  3. Le calendrier d'automne, mois par mois
  4. Les deux populations qu'on oublie en changeant d'organisme
  5. Relancer une entreprise n'est pas relancer un particulier
  6. Questions fréquentes

Dans un cabinet qui gère des contrats d'entreprise, l'automne décide du portefeuille de l'année suivante. La plupart des régimes collectifs viennent à échéance le 31 décembre, les appels d'offres se lancent en septembre, et une date manquée se paie douze mois. Le piège, aujourd'hui, n'est plus le calendrier : c'est qu'il y en a deux. Depuis la loi du 14 juillet 2019, la complémentaire santé collective ne suit plus les mêmes règles de résiliation que la prévoyance. Un cabinet qui applique un seul calendrier aux deux se retrouve, au mieux, avec un client qui ne peut pas changer d'organisme, au pire avec des salariés dont la santé et la prévoyance sont couvertes par deux compagnies différentes sans que personne ne l'ait décidé.

Deux régimes de résiliation dans le même dossier

La résiliation infra-annuelle s'applique aux contrats dont le point d'entrée est la complémentaire santé — remboursement des frais liés à une maladie, une maternité ou un accident. Un tel contrat peut inclure d'autres garanties (prévoyance, dépendance, assistance) et rester éligible. En revanche, un contrat de prévoyance seule n'entre pas dans le champ : décès, incapacité, invalidité restent gouvernés par la dénonciation à l'échéance et le préavis inscrit au contrat.

Type de garantieQui peut résilierQuandEffet
Santé collective à adhésion obligatoireLe souscripteur, c'est-à-dire l'employeur — jamais le salarié pour la partie obligatoireÀ tout moment, après un an à compter de la première souscriptionUn mois après réception de la notification par l'organisme
Options facultatives adossées au régime obligatoire (conjoint, enfants)Le salarié affilié, pour ces seules optionsÀ tout moment après le délai d'un anUn mois après notification
Prévoyance seule (décès, incapacité, invalidité)Le souscripteurÀ l'échéance annuelle, avec le préavis prévu au contrat — deux mois en pratiqueÀ la date d'échéance
Contrat unique santé + prévoyanceLe souscripteurSelon le point d'entrée du contrat : à vérifier avant toute annonce au clientVariable

Trois conséquences pratiques. D'abord, pour un régime obligatoire, seul l'employeur peut résilier : un salarié mécontent de sa mutuelle d'entreprise n'a pas ce droit, et le lui expliquer fait partie du service rendu. Ensuite, la résiliation infra-annuelle ne connaît pas de préavis, mais un délai de prise d'effet d'un mois — court pour transférer des affiliations, des cartes de tiers payant et des prestations en cours. Enfin, quand santé et prévoyance sont chez le même organisme dans deux contrats distincts, faire jouer la souplesse de la santé sans dénoncer la prévoyance à temps revient à couper le dossier en deux.

Ce que le cabinet vérifie contrat par contrat

  1. La date de première souscription. Elle conditionne le délai d'un an. Un régime mis en place en mars 2026 n'est pas résiliable à tout moment avant mars 2027.
  2. La nature de l'organisme. Société d'assurance, mutuelle ou institution de prévoyance : le texte applicable diffère, et les conditions particulières l'emportent sur l'habitude du cabinet.
  3. L'échéance et le préavis réellement écrits aux conditions particulières du contrat de prévoyance — pas ceux dont on se souvient de l'an dernier.
  4. L'acte fondateur du régime : décision unilatérale de l'employeur, accord collectif ou référendum. Changer d'organisme sans mettre à jour cet acte laisse l'entreprise avec un régime dont la référence ne correspond plus au contrat.
  5. Les populations maintenues : anciens salariés en portabilité et bénéficiaires d'un maintien au titre de la loi Évin, qui suivent le contrat et doivent être repris par le nouvel organisme.

Le calendrier d'automne, mois par mois

Même quand la santé peut être résiliée en avril, la prévoyance impose son tempo, et les entreprises raisonnent en année civile. Le calendrier reste donc celui-ci :

  • Septembre. Demander à chaque entreprise ses effectifs par collège et récupérer auprès de l'organisme les comptes de résultats et le rapport de sinistralité. Sans ces pièces, aucune négociation sérieuse n'est possible, et ce sont toujours les mêmes qui arrivent en retard.
  • Première quinzaine d'octobre. Présenter les résultats, arbitrer entre renégociation et mise en concurrence, obtenir une décision écrite du dirigeant ou de la direction des ressources humaines.
  • Avant le 31 octobre. Envoyer la dénonciation de la prévoyance si l'échéance est au 31 décembre et le préavis de deux mois — c'est la date irréversible du trimestre.
  • Novembre. Formaliser : nouveau contrat, mise à jour de l'acte fondateur, information individuelle des salariés, reprise des sinistres en cours et des populations maintenues.
  • Décembre. Affiliations, cartes de tiers payant, paramétrage des cotisations en paie et dans la déclaration sociale nominative.
  • Janvier. Contrôler les premiers flux et la régularisation des effectifs. C'est le mois où se découvrent les affiliations oubliées, et où un cabinet réactif se distingue.

Ce calendrier ne se confond pas avec celui des contrats de dommages professionnels, dont la prime dépend d'une déclaration du client ; nous l'avons traité dans l'article consacré à la relance des déclarations annuelles de chiffre d'affaires. Ici, la matière est humaine : des salariés, des ayants droit, des arrêts de travail en cours.

Les deux populations qu'on oublie en changeant d'organisme

La portabilité, prévue à l'article L. 911-8 du code de la sécurité sociale, permet à un ancien salarié dont la rupture du contrat de travail ouvre droit à l'assurance chômage de conserver gratuitement ses garanties santé et prévoyance, pour une durée égale à celle de son dernier contrat de travail et limitée à douze mois. Ces personnes ne sont plus dans les effectifs de l'entreprise, mais elles sont couvertes ; elles doivent figurer dans le dossier remis au nouvel organisme.

Seconde population : les anciens salariés retraités, invalides ou privés d'emploi qui ont demandé le maintien de leur couverture santé au titre de l'article 4 de la loi Évin, dans les six mois suivant la rupture ou la fin de la portabilité. Leur tarification est encadrée par le décret du 21 mars 2017, qui plafonne progressivement le tarif : celui des actifs la première année, puis des majorations limitées les deux années suivantes. Ce sont, dans un cabinet, les personnes qui appellent le plus — elles n'ont plus d'interlocuteur dans l'entreprise, et le courtier devient leur seul contact.

Relancer une entreprise n'est pas relancer un particulier

Trois différences structurent les relances de cette période. L'interlocuteur d'abord : le dirigeant décide, mais les pièces sont chez la personne qui gère la paie, parfois chez l'expert-comptable. Le canal ensuite : dans une TPE ou une PME, le dirigeant répond sur messagerie et jamais par courriel, ce qui rend WhatsApp efficace pour relancer une décision ou une pièce manquante, à condition que la demande soit toujours la même liste, envoyée par un numéro identifié du cabinet et non par le portable d'un collaborateur. Le contenu enfin : les données de salariés ne circulent pas dans une conversation. On y demande un envoi, on n'y transmet pas un tableau nominatif d'affiliés. La mécanique générale est décrite dans le cas d'usage renouvellement de contrat et la liste type dans le modèle demande de documents.

Côté outil, l'utile est banal : un segment « entreprises à échéance au 31 décembre » construit dans Customers & Segments, une relance déclenchée à date fixe à partir d'un template approuvé, une inbox partagée où la réponse du dirigeant est visible par le gestionnaire qui monte le dossier, et un export CSV pour le comparatif remis au client. ORIS ne résilie rien et n'envoie aucune lettre : ce que le cabinet gagne, c'est de ne pas découvrir le 2 novembre qu'une dénonciation n'est pas partie. Les autres méthodes de relance sont regroupées dans nos articles sur les relances, et le cadre français dans notre fiche pays France.

Questions fréquentes

Un salarié peut-il résilier la mutuelle obligatoire de son entreprise ?

Non pour la partie obligatoire : seul le souscripteur, c'est-à-dire l'employeur, peut résilier le contrat collectif. Le salarié peut en revanche mettre fin aux options facultatives qu'il a souscrites en complément, et demander une dispense d'adhésion dans les cas prévus par l'acte fondateur du régime.

La résiliation infra-annuelle s'applique-t-elle à un contrat de prévoyance ?

Non. Le dispositif vise les contrats dont le point d'entrée est la complémentaire santé. Un contrat de prévoyance seule couvrant le décès, l'incapacité et l'invalidité reste soumis à la dénonciation à l'échéance, avec le préavis prévu aux conditions particulières.

Faut-il encore dénoncer avant le 31 octobre ?

Pour la prévoyance à échéance au 31 décembre avec deux mois de préavis, oui, et c'est la date à sécuriser. Pour la santé, la résiliation reste possible ensuite à tout moment après un an, mais aligner les deux évite de scinder le régime entre deux organismes.

Que deviennent les anciens salariés en portabilité quand l'entreprise change d'organisme ?

Leurs droits suivent le régime : ils doivent être identifiés et communiqués au nouvel organisme avant la bascule, avec les arrêts de travail et les sinistres en cours. C'est la première cause de rupture de couverture constatée lors des changements de janvier.

Peut-on demander les effectifs d'une entreprise par WhatsApp ?

On peut demander l'envoi et relancer par ce canal, ce qui accélère nettement les dossiers en TPE et PME. La transmission des données nominatives de salariés doit en revanche passer par le canal sécurisé prévu avec l'organisme, et le cabinet conserve la trace datée de ce qu'il a reçu.

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