Relances et échéances

Actualiser la connaissance client : la campagne de relance LCB-FT du cabinet

Pièces périmées, adresses fausses, dossiers jamais rouverts : comment un cabinet de courtage organise sa campagne d'actualisation de la connaissance client.

Publié le 8 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Ce que le texte demande vraiment
  2. Où concentrer l'effort : la vigilance n'est pas uniforme
  3. Construire la campagne : quatre segments, quatre demandes
  4. La séquence de relance, et le moment où l'on décroche le téléphone
  5. Quand le client ne répond pas
  6. Ce qu'on conserve, et ce que le contrôle regarde
  7. Questions fréquentes

Dans la plupart des cabinets de courtage, la connaissance client est excellente le jour de la souscription et se dégrade ensuite en silence. La pièce d'identité scannée en 2019 a expiré, le client a déménagé deux fois, il a changé de métier, et personne ne s'en aperçoit tant qu'un versement inhabituel ou un contrôle ne vient poser la question. Or l'article L. 561-5-1 du Code monétaire et financier ne demande pas de connaître son client : il demande d'actualiser cette connaissance pendant toute la durée de la relation d'affaires.

Formulé ainsi, cela ressemble à un chantier de conformité. En réalité, c'est une campagne de relance documentaire — avec des segments, une séquence, un canal et un taux de réponse. Un cabinet qui sait relancer une échéance sait faire celle-ci.

Ce que le texte demande vraiment

Les courtiers d'assurance figurent parmi les personnes assujetties de l'article L. 561-2, à l'exception des intermédiaires qui agissent sous l'entière responsabilité d'un organisme d'assurance ou d'un courtier. Un cabinet qui travaille pour son propre compte porte donc lui-même ses obligations. L'ACPR l'a rappelé aux courtiers lorsque l'arrêté du 6 janvier 2021, applicable depuis le 1er mars 2021, a étendu à cette profession des règles d'organisation dont l'arrêté de 2014 les tenait à l'écart.

Trois articles suffisent à cadrer la campagne. L'article L. 561-5-1 impose de recueillir les informations sur l'objet et la nature de la relation d'affaires et de les actualiser tout au long de celle-ci. L'article R. 561-12 précise que l'étendue des informations collectées, la fréquence des mises à jour et la profondeur des analyses s'adaptent au risque présenté par la relation. L'article L. 561-12 impose enfin de conserver cinq ans, à compter de la fin de la relation, les documents et informations relatifs aux clients et aux mesures de vigilance mises en œuvre.

Autrement dit : le texte ne fixe aucune périodicité universelle. C'est la classification des risques du cabinet qui la fixe, et c'est elle qu'un contrôleur demandera avant de regarder les dossiers.

Où concentrer l'effort : la vigilance n'est pas uniforme

Relancer tout le portefeuille avec la même demande est le meilleur moyen d'obtenir peu de réponses et beaucoup d'agacement. L'approche par les risques permet d'assumer des efforts très différents selon les dossiers.

Le Code prévoit d'ailleurs des cas de faible risque ouvrant droit à des mesures de vigilance simplifiées : l'article R. 561-16 vise notamment les contrats d'assurance sur la vie ou de capitalisation dont la prime annuelle ne dépasse pas 1 000 euros ou dont la prime unique ne dépasse pas 2 500 euros, ainsi que certains contrats de retraite sans clause de rachat. Simplifié ne veut pas dire supprimé : la vigilance constante reste due, seule son intensité change.

Dans un cabinet mixte, l'effort se concentre naturellement sur l'épargne, la capitalisation et les versements libres, puis sur les personnes morales dont le bénéficiaire effectif doit rester à jour. Un contrat auto ou une multirisque habitation de particulier appelle une mise à jour beaucoup plus légère, souvent limitée aux coordonnées et à la situation déclarée.

Construire la campagne : quatre segments, quatre demandes

Une campagne d'actualisation fonctionne quand chaque segment reçoit une demande courte et cohérente avec son dossier. Le tableau ci-dessous est un point de départ à confronter à votre propre classification des risques — les périodicités sont indicatives, elles n'ont aucune valeur réglementaire en elles-mêmes.

SegmentPériodicité indicativeCe qu'on redemandeCanal
Particulier, dommages uniquement, faible risqueAu fil des événements : sinistre, avenant, changement d'adresseCoordonnées, adresse, situation déclaréeMessage WhatsApp court, réponse en un mot
Particulier détenant un contrat vie ou capitalisationRevue périodique fixée par la classificationPièce d'identité en cours de validité, justificatif de domicile, profession, origine des fonds pour les versementsWhatsApp pour la demande, dépôt sécurisé pour les pièces
Personne morale, TPE et PMERevue périodique et à chaque changement statutaireExtrait d'immatriculation récent, dirigeants, bénéficiaires effectifs, activité réelleInterlocuteur identifié, écrit tracé
Relation à risque élevé ou personne politiquement exposéeRevue rapprochée, décidée au cas par casDossier complet, origine et destination des fonds, justification des opérations atypiquesEntretien, puis confirmation écrite

La séquence de relance, et le moment où l'on décroche le téléphone

Le taux de réponse dépend moins du nombre de rappels que de la première phrase. Un client à qui l'on écrit « obligation légale, merci de nous transmettre vos documents » comprend qu'on le soupçonne. Un client à qui l'on écrit « nous mettons votre dossier à jour pour que vos garanties et vos versements ne soient pas bloqués » comprend qu'on le protège. La séquence qui fonctionne tient en quatre temps.

  1. Jour 0 — l'annonce. Un message court qui dit pourquoi, quoi, et combien de temps cela prend. On nomme les deux ou trois pièces attendues, pas plus, et on donne une date de retour.
  2. Jour 7 — le rappel utile. On répète uniquement ce qui manque. Un client qui a déjà envoyé sa pièce d'identité et reçoit une relance générique cesse de répondre.
  3. Jour 21 — le changement de voix. Le gestionnaire du dossier écrit ou appelle en son nom. C'est le moment où l'on récupère l'essentiel des dossiers en retard.
  4. Jour 45 — l'escalade tracée. Courrier ou message formel rappelant les conséquences possibles sur les opérations, avec mention au dossier. Ce que l'on écrit ici sera relu en cas de contrôle.

Sur le canal, deux règles évitent les ennuis. La demande passe par un message de service, pas par une opération commerciale : dans WhatsApp Business, cela correspond à un template de catégorie utility, et l'accord préalable du client au canal reste requis. Les pièces reçues, elles, se classent immédiatement dans le dossier client et ne restent pas dans la galerie d'un téléphone. Notre page sur la collecte de documents justificatifs détaille le circuit, et le modèle de demande de documents donne des formulations prêtes à adapter.

Quand le client ne répond pas

C'est la question que les cabinets évitent, et c'est la seule qui compte vraiment. L'article L. 561-8 est clair : lorsque l'assujetti n'est pas en mesure de satisfaire à ses obligations de vigilance, il n'exécute aucune opération et n'établit ni ne poursuit la relation d'affaires ; lorsque la relation existe déjà, il y met un terme et peut adresser une déclaration à Tracfin.

Cette conséquence est lourde, donc elle se prépare. Trois précautions font la différence. Documenter chaque tentative, avec sa date et son contenu : une relance non tracée n'a pas eu lieu. Distinguer le client injoignable du client qui refuse : le second appelle une analyse, pas seulement un rappel. Et faire remonter au dirigeant, avant l'échéance interne, la liste des dossiers bloqués, plutôt que de découvrir le problème le jour d'un versement.

Ce qu'on conserve, et ce que le contrôle regarde

Le contrôle ne demande presque jamais « avez-vous les pièces ». Il demande comment le cabinet a décidé de la fréquence, comment il a relancé, et ce qu'il a fait des dossiers restés vides. Conservez donc, au-delà des pièces elles-mêmes et de leur durée de cinq ans : la classification des risques et sa date de révision, le fil des relances, la trace des arbitrages. L'ACPR interroge par ailleurs périodiquement les courtiers au moyen d'une enquête LCB-FT en ligne portant sur l'activité, la clientèle et les procédures — un exercice bien plus simple à remplir quand ces éléments existent déjà. Le reste du calendrier réglementaire du cabinet, renouvellement ORIAS et formation comprise, est décrit dans notre calendrier de conformité annuel.

Côté outillage, une précision honnête : ORIS ne calcule pas de risque de blanchiment et n'a pas vocation à le faire. Ce qu'il apporte à cette campagne est ailleurs. La liste des clients à relancer se construit dans Customers & Segments ou s'importe en CSV depuis votre logiciel de gestion ; l'envoi se fait à partir d'un template utility approuvé, uniquement vers les clients ayant accepté le canal ; les réponses et les pièces arrivent dans l'inbox partagée, où le gestionnaire voit qui a répondu et qui reste muet ; l'export CSV et les journaux d'audit alimentent la trace de la campagne. Le même mécanisme sert les relances d'échéance de l'échéancier annuel, ce qui évite d'inventer un processus séparé pour la conformité.

Questions fréquentes

À quelle fréquence faut-il actualiser un dossier client ?

Aucun texte ne fixe de périodicité générale. L'article R. 561-12 renvoie explicitement au risque présenté par la relation d'affaires : c'est la classification des risques du cabinet qui détermine la fréquence, et c'est ce document que le superviseur examinera. Une revue rapprochée pour les dossiers sensibles et une mise à jour au fil des événements pour les contrats dommages de particuliers est une architecture défendable, à condition d'être écrite.

Un courtier en assurance de dommages est-il concerné ?

Oui, l'assujettissement tient à la qualité d'intermédiaire, pas à la branche. Le Code réserve les mesures simplifiées à des cas de faible risque et l'effort se concentre en pratique sur l'épargne, la capitalisation et les personnes morales, mais un cabinet exclusivement dommages doit tout de même disposer d'une classification, de procédures et de dossiers tenus à jour.

Peut-on demander une pièce d'identité par WhatsApp ?

La demande peut passer par WhatsApp ; le stockage et l'accès sont le vrai sujet. La pièce reçue doit être classée sans délai dans le dossier client, avec un accès limité aux personnes qui en ont besoin, et ne doit pas rester dans la mémoire d'un téléphone personnel. Beaucoup de cabinets préfèrent envoyer par message un lien de dépôt sécurisé plutôt que de recevoir l'image dans la conversation.

Que faire d'un client qui ne renvoie jamais ses documents ?

Le traiter comme un dossier à décision, pas comme une relance de plus. L'article L. 561-8 impose de ne pas exécuter d'opération et, pour une relation déjà nouée, d'y mettre un terme lorsque la vigilance ne peut être exercée, avec la possibilité d'une déclaration à Tracfin. La décision se prend au niveau de la direction du cabinet, se motive par écrit et se conserve.

Peut-on sous-traiter cette actualisation ?

Certaines tâches de collecte peuvent être confiées à un tiers, dans les conditions prévues par le Code monétaire et financier, mais la responsabilité reste au cabinet assujetti. Un prestataire qui relance à votre place ne vous dispense ni de la classification des risques, ni du contrôle de ce qui a été obtenu, ni de la conservation des pièces.

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