Relances et échéances

Avis d'échéance : les 45 jours de l'article 14 du Code CIMA, et le rôle du cabinet

L'article 14 du Code CIMA impose un avis d'échéance 45 jours avant, avec décharge. Ce que le cabinet doit envoyer, quand relancer, ce que WhatsApp ajoute.

Publié le 7 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Ce que dit exactement l'article 14
  2. Pourquoi les 45 jours ne sont pas la date de relance
  3. Ce que WhatsApp ajoute — et ce qu'il ne remplace jamais
  4. Organiser la campagne dans le cabinet
  5. Trois erreurs qui coûtent un contrat par an
  6. Questions fréquentes

Dans beaucoup de cabinets de la zone CIMA, la relance d'échéance commence quinze jours avant la date, par un message envoyé au fil de l'eau quand un gestionnaire y pense. C'est trop tard, et surtout ce n'est pas ce que prévoit le Code. Pour les contrats à reconduction tacite, l'article 14 impose un avis d'échéance au moins quarante-cinq jours à l'avance, sous une forme précise. Le message WhatsApp ne remplace pas cet avis : il le rend lisible, et il transforme une obligation administrative en calendrier commercial.

Ce que dit exactement l'article 14

Le texte est court et sans ambiguïté. Pour les contrats à reconduction tacite, à chaque échéance de prime, l'assureur doit aviser le preneur d'assurance — ou la personne chargée du paiement des primes — à son dernier domicile connu, au moins quarante-cinq jours à l'avance, de la date d'échéance et du montant dont il est redevable. Trois éléments méritent d'être retenus mot pour mot :

  • La forme. L'avis doit être matérialisé par une lettre avec accusé de réception ou décharge. Une lettre simple déposée à l'accueil ne suffit pas : ce qui compte, c'est la trace de la remise.
  • Le contenu obligatoire. L'avis rappelle que le contrat sera résilié de plein droit si la prime de renouvellement n'est pas payée dans les délais prévus à l'article 13.
  • Le destinataire. Le preneur, ou la personne chargée du paiement. Dans un contrat groupe ou une flotte d'entreprise, ce n'est pas toujours la même personne que celle qui vous écrit sur WhatsApp.

L'obligation pèse sur l'assureur. En pratique, dans une grande partie des cabinets, c'est le courtier qui édite, remet et fait signer la décharge pour le compte de la compagnie. Regardez ce que dit votre convention de courtage avant de supposer que la compagnie s'en occupe : la question se règle une fois, par écrit, et évite l'année suivante un débat sur qui a laissé filer un contrat. Le vocabulaire de base du régime est rappelé dans notre fiche sur le Code CIMA.

Pourquoi les 45 jours ne sont pas la date de relance

L'avis d'échéance est un plancher légal d'information, pas une campagne de recouvrement. Le vrai butoir, c'est l'article 13 : la prime est payable au domicile de l'assureur ou de l'intermédiaire, et le contrat ne prend effet qu'après son paiement. Autrement dit, un assuré qui n'a pas payé à l'échéance n'a pas de couverture qui « traîne » quelques jours. Seuls certains risques d'entreprise peuvent bénéficier d'un délai de paiement conventionnel, hors automobile, maladie et marchandises transportées — c'est le sujet de notre article sur le délai de soixante jours de l'article 13.

Entre le jour de l'avis et le jour de l'échéance, il y a donc six semaines à occuper. Voici le calendrier qu'un cabinet peut tenir sans embaucher :

MomentCe qui partSupportCe qu'on garde au dossier
J-45Avis d'échéance : date, montant, rappel de la résiliation de plein droitLettre avec accusé de réception ou déchargeLa décharge signée, scannée dans le dossier
J-40Confirmation que l'avis est parti, montant, moyens de paiement acceptésMessage WhatsApp au contact habituelLa conversation, horodatée
J-15Rappel simple, sans reproche, avec le nom du gestionnaireWhatsApp, appel si aucun accusé de lectureRéponse du client ou absence de réponse
J-5Appel ciblé sur les non-payeurs, proposition de fractionnement si la compagnie l'accepteTéléphone, puis écrit récapitulatifCe qui a été convenu, par écrit
JEncaissement, quittance, remise de l'attestationAgence, mobile money, virementPreuve d'encaissement et numéro de quittance
J+1Message factuel : le contrat n'est pas renouvelé, voici comment le remettre en vigueurWhatsApp, sans formule culpabilisanteLa date exacte de l'information

Ce calendrier n'est pas une politesse commerciale. Un contrat auto non renouvelé, c'est un assuré qui roule sans attestation valable, et un cabinet qui découvre le problème le jour du sinistre. Le détail des étapes et des messages figure dans notre page relance d'échéance de prime.

Ce que WhatsApp ajoute — et ce qu'il ne remplace jamais

WhatsApp ne satisfait pas l'exigence de l'article 14 : une conversation n'est ni une lettre avec accusé de réception, ni une décharge. En revanche, elle règle le problème que l'avis ne règle pas — le fait qu'un courrier remis à un domicile « dernier connu » n'est pas forcément lu par la personne qui paie.

La bonne combinaison est simple : l'avis part sous sa forme légale, et le même jour un message reprend l'essentiel — échéance, montant, moyens de paiement, nom du gestionnaire joignable. Le message doit être un template utilitaire approuvé, envoyé à des clients qui ont donné leur accord pour être contactés ; il annonce une information contractuelle, pas une offre. Notre modèle de relance à J-10 donne des formulations utilisables telles quelles, à adapter au ton de votre cabinet.

Deux garde-fous. D'abord, ne jamais écrire « vous êtes couvert » avant l'encaissement effectif : l'article 13 dit le contraire, et cette phrase se retrouve dans un dossier de sinistre. Ensuite, ne pas confondre accusé de lecture WhatsApp et preuve de remise de l'avis : le premier prouve qu'un message a été ouvert sur un téléphone, il ne prouve pas que l'avis d'échéance légal a été délivré.

Organiser la campagne dans le cabinet

Six semaines avant chaque échéance, sur un portefeuille de plusieurs centaines de contrats aux dates dispersées, la seule méthode tenable est le tri automatique par fenêtre de renouvellement. Dans ORIS, cela se traduit par un segment construit sur la fenêtre de renouvellement, un déclencheur de cycle de vie de type rappel d'échéance paramétré en nombre de jours avant la date, et une campagne partant d'un template Meta approuvé. Les réponses reviennent dans l'inbox partagée, l'IA classe le ton et l'urgence, et un score de risque monte quand un client habituellement réactif cesse de répondre à deux relances de suite.

Reste la partie que l'outil ne fait pas : rapprocher les encaissements de ce que la compagnie reconnaît. L'export CSV des clients et des campagnes se compare au bordereau, et les écarts se traitent au compte courant — sujet que nous détaillons dans l'article sur les bordereaux et le compte courant.

Trois erreurs qui coûtent un contrat par an

  1. Aviser le mauvais interlocuteur. Sur un contrat santé d'entreprise, l'avis part au preneur ; le message WhatsApp, lui, part souvent au responsable RH qui a votre numéro. Si personne n'écrit au payeur réel, le contrat tombe pendant que tout le monde pense l'avoir relancé.
  2. Ne pas archiver la décharge. Le jour où un assuré conteste la résiliation, la seule pièce qui compte est la trace de remise de l'avis. Un scan classé au dossier client vaut mieux qu'un registre papier resté à l'agence.
  3. Traiter la résiliation comme une fin. Un contrat non renouvelé reste un client connu, avec un historique et un besoin. La reprise de contact quelques jours après, sans reproche, ramène une partie du portefeuille — à condition d'avoir gardé la conversation et non un post-it.

Questions fréquentes

L'avis d'échéance peut-il être envoyé uniquement par WhatsApp ?

Non. L'article 14 exige un avis matérialisé par une lettre avec accusé de réception ou décharge. Un message WhatsApp est un excellent doublon, parce qu'il est lu, mais il ne constitue pas la forme prévue par le texte. Envoyez les deux : la lettre pour la conformité, le message pour être certain que la personne qui paie a l'information à temps.

Qui doit envoyer l'avis, la compagnie ou le cabinet de courtage ?

Le Code met l'obligation à la charge de l'assureur. Dans les faits, beaucoup de compagnies délèguent l'édition et la remise au courtier qui détient la relation client. Cette répartition doit être écrite dans la convention de courtage, sinon chacun suppose que l'autre s'en occupe et le contrat se résilie sans que personne n'ait prévenu l'assuré.

Que se passe-t-il si l'assuré ne paie pas à l'échéance ?

L'avis doit rappeler que le contrat sera résilié de plein droit si la prime de renouvellement n'est pas payée dans les délais prévus à l'article 13. La règle de principe de cet article est que le contrat ne prend effet qu'après paiement de la prime, avec des aménagements limités pour certains risques d'entreprise. Vérifiez toujours la situation exacte auprès de la compagnie avant d'annoncer quoi que ce soit au client.

Le délai de 45 jours s'applique-t-il à tous les contrats ?

L'article 14 vise les contrats à reconduction tacite, ce qui couvre l'essentiel des contrats annuels d'un portefeuille de courtage. Les contrats à durée ferme, les contrats vie et certains régimes particuliers suivent leurs propres règles. En cas de doute sur une police précise, la réponse est dans les conditions générales et chez la compagnie, pas dans une règle générale.

Comment prouver, deux ans plus tard, que l'avis a bien été remis ?

Par la décharge signée ou l'accusé de réception, conservé au dossier du client sous forme numérisée et daté. Ajoutez-y la conversation de relance, qui montre la diligence du cabinet. Ce double archivage — pièce légale d'un côté, historique d'échanges de l'autre — est ce qui distingue un cabinet qui se défend d'un cabinet qui explique.

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