« Je n'ai rien eu cette année » : faire renouveler un contrat qui n'a jamais servi
Article 13, avis d'échéance, 25 % de dommages-intérêts de l'article 21 : ce qu'un cabinet CIMA peut répondre au client qui n'a pas eu de sinistre.
Polices, primes, cohortes d'échéance : comment un cabinet de courtage de la zone CIMA calcule son taux de renouvellement et lit les causes derrière le chiffre.
Demandez à trois dirigeants de cabinet de la zone CIMA quel est leur taux de renouvellement : le premier ne le sait pas, le deuxième donne un chiffre de mémoire, le troisième donne un chiffre calculé d'une manière que personne d'autre ne pourrait reproduire. Ce n'est pas de la négligence. La donnée est chez la compagnie, elle arrive tard, et le portefeuille se compte en quittances plutôt qu'en clients.
C'est dommage, car ce marché offre une chose rare : une mesure nette. Puisque la prise d'effet du contrat est subordonnée au paiement de la prime, un contrat renouvelé est un contrat payé. Pas de zone grise, pas de « en cours de régularisation » qui s'étire sur trois mois. Encore faut-il décider ce que l'on compte, où on le prend, et sur quelle fenêtre.
« Taux de renouvellement » désigne au moins trois calculs, qui ne racontent pas la même histoire. Les trois sont utiles, à condition de ne pas les confondre d'un mois sur l'autre.
Un exemple, volontairement fictif, montre pourquoi la cohorte est la seule mesure qui se pilote. Sur cent vingt polices auto échues en mars, soixante-dix-huit sont payées le jour de l'échéance et treize dans les trente jours qui suivent : le cabinet est à 65 % à J+0 et à 76 % à J+30. Le second chiffre rassure ; le premier dit la vérité opérationnelle, puisque entre les deux les clients ont roulé sans garantie. Une équipe qui ne suit que le taux à trente jours ne verra jamais ce trou.
Le vocabulaire du métier appelle cet indicateur la persistance du portefeuille ; le nom importe peu, la constance du calcul, beaucoup.
Dans la plupart des cabinets, la vérité comptable vit dans les bordereaux et le quittancier de la compagnie, transmis avec retard et dans un format qui change d'un partenaire à l'autre. Trois sources se complètent, et il faut les trois.
La question de l'outil vient après, jamais avant : un tableur bien tenu par une personne responsable bat un logiciel que personne ne remplit, et c'est exactement l'arbitrage que pose notre comparatif Excel ou CRM pour un cabinet de courtage.
Mesurer « les renouvellements du mois » mélange des polices échues le 3 et d'autres échues le 29, qui n'ont pas eu le même temps pour payer. On mesure donc par cohorte d'échéance, avec deux relevés : à la date d'échéance, puis trente jours après.
Deux articles du Code fixent le tempo réel. L'article 14 impose à l'assureur, pour les contrats à tacite reconduction, de notifier l'échéance et le montant dû au moins quarante-cinq jours à l'avance, par lettre avec accusé de réception ou décharge, en rappelant que le contrat sera résilié de plein droit si la prime de renouvellement n'est pas payée. L'article 13, lui, ferme la porte au rattrapage : sans paiement, pas de renouvellement. La fenêtre utile d'un cabinet commence donc bien avant l'échéance, et le travail de relance qui l'occupe est décrit pas à pas dans notre guide sur la relance des échéances de primes en zone CIMA.
Une précision de méthode, souvent oubliée : sortez du dénominateur les polices qui ne pouvaient pas être renouvelées — véhicule vendu, salarié sorti de l'effectif, entreprise fermée. Sinon le taux mesure le hasard autant que votre travail, et l'équipe cesse d'y croire.
Aucune de ces causes ne se lit dans le taux global. C'est pour cela qu'un chiffre unique, affiché en réunion sans décomposition, ne fait jamais bouger un portefeuille.
Six lignes suffisent, relues trente minutes par mois : taux à J+0 et à J+30 de la cohorte échue, taux en prime, écart entre clients sinistrés et non sinistrés, part des sorties « sans objet », taux de joignabilité, et nombre de clients détenant deux contrats ou plus. Ce dernier indicateur mérite d'être suivi pour lui-même : le multi-équipement est, sur ce marché comme ailleurs, le meilleur prédicteur de la fidélité, et il se construit à l'occasion du renouvellement de contrat.
Reste à transformer la lecture en action. C'est le rôle du score de risque d'attrition : plutôt que de traiter une cohorte entière de la même manière, on remonte d'abord les clients dont le comportement s'est dégradé — plus de réponse, sinistre récent, paiement tardif l'année précédente. Dans ORIS, ces clients se regroupent dans un segment, la campagne part d'un modèle approuvé par Meta au bon nombre de jours avant l'échéance, les réponses reviennent dans l'inbox partagée où elles sont classées et priorisées en opportunités, et l'export CSV permet de rapprocher le tout des bordereaux de la compagnie. Le tableau de bord ne renouvelle rien tout seul ; il dit simplement qui appeler en premier, et sur quoi juger le trimestre suivant.
Il n'existe pas de norme publiée qui vaudrait pour tous les pays et toutes les branches, et un chiffre affiché sans sa méthode de calcul ne veut rien dire. Le repère utile est interne : votre propre taux, calculé de la même façon d'un trimestre à l'autre, comparé branche par branche. Une auto individuelle, une santé collective et une flotte n'ont ni le même rythme ni les mêmes ressorts.
Les deux, et côte à côte. Le nombre de polices mesure la relation avec les clients, la prime mesure l'effet sur le chiffre d'affaires. Quand les deux courbes divergent, vous apprenez quelque chose : perdre 15 % des polices pour 3 % de la prime signale une érosion sur les petits contrats, souvent un problème de service, pas de tarif.
En tenant votre propre échéancier dès l'émission, ce qui vous donne le dénominateur, et en enregistrant chaque encaissement avec sa référence, ce qui vous donne le numérateur. Les bordereaux de la compagnie servent alors de contrôle a posteriori plutôt que de source unique. Cette autonomie de mesure est le premier bénéfice d'un fichier client propre.
Fixez une règle et tenez-la : par exemple non payé à J+30, contrat classé perdu, avec un motif renseigné. Une règle discutable mais constante vaut mieux qu'une appréciation au cas par cas, qui rend toute comparaison entre trimestres impossible. Un client revenu plus tard se compte alors en reprise, ce qui est une bonne nouvelle mesurée à part.
Un cycle complet d'échéances, soit douze mois pour un portefeuille annuel, avec des relevés intermédiaires par cohorte pour corriger en route. Juger un changement de méthode sur deux mois de renouvellements revient à comparer des cohortes de tailles et de saisons différentes — c'est la façon la plus rapide de se convaincre d'une chose fausse.
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