Fidélisation et rétention

L'assureur refuse la garantie : annoncer la mauvaise nouvelle sans perdre le client

Exclusion, déchéance, fausse déclaration, prime impayée : vérifier le motif de refus avant de l'annoncer, choisir ses mots, et garder un client non indemnisé.

Publié le 7 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Vérifier avant d'annoncer : cinq motifs, cinq contrôles
  2. L'annonce : cinq minutes qui décident du renouvellement
  3. Le mot à ne pas employer
  4. Ce qu'on propose derrière, concrètement
  5. Ce qui doit rester au dossier
  6. Questions fréquentes

C'est le message que personne n'a envie d'écrire : « votre sinistre n'est pas pris en charge ». Dans un cabinet de la zone CIMA, il arrive plus souvent qu'on ne le dit — véhicule conduit sans permis valide, déclaration faite trois semaines après les faits, valeur déclarée fantaisiste, prime du deuxième fractionnement jamais réglée. Et il arrive presque toujours au plus mauvais moment : le client a payé, il a une attestation dans la boîte à gants, et il ne comprend pas.

La différence entre un cabinet qui perd le client à cette occasion et un cabinet qui le garde tient rarement à l'issue du dossier. Elle tient à trois choses : avoir vérifié le motif avant de le relayer, l'avoir annoncé soi-même et vite, et avoir proposé quelque chose derrière.

Vérifier avant d'annoncer : cinq motifs, cinq contrôles

Un courtier n'est pas le porte-voix du service sinistres. Avant de transmettre un refus, il vérifie que le motif tient debout au regard du Code — c'est exactement ce que le client attend d'un intermédiaire, et c'est ce qui justifie sa rémunération.

Motif invoquéCe que dit le Code CIMACe que le cabinet vérifie
Exclusion de garantieLes clauses édictant des nullités, déchéances, résiliations de plein droit ou exclusions ne sont valables que si elles sont mentionnées en caractères très apparents (art. 8)La clause figure-t-elle réellement, en caractères apparents, dans les conditions applicables à la date du sinistre ?
Déclaration tardiveLe délai contractuel de déclaration ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, ramené à 48 heures en cas de vol ou de mortalité du bétail (art. 12)Le contrat prévoit-il une déchéance ? L'assureur établit-il le préjudice que le retard lui a causé (art. 20) ? Y a-t-il cas fortuit ou force majeure ?
Fausse déclaration du risqueNullité si la réticence ou la fausse déclaration est intentionnelle, les primes payées restant acquises à l'assureur (art. 18)La mauvaise foi est-elle établie, ou s'agit-il d'une omission ? Quelle question précise avait été posée au client ?
Omission sans mauvaise foiPas de nullité : après sinistre, l'indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport aux primes qui auraient été dues (art. 19)Le calcul de la réduction proportionnelle a-t-il été fourni et est-il vérifiable ?
Prime impayéeSuspension puis résiliation selon la mécanique de l'article 13Les mises en demeure et les dates de suspension sont-elles prouvées ? Le sinistre est-il survenu avant ou pendant la suspension ?

Dans un dossier sur trois, cette relecture ne change rien à l'issue. Mais dans les deux autres, elle transforme un refus sec en réduction proportionnelle chiffrée, ou en prise en charge après production d'une pièce manquante. Un refus qu'on n'a pas vérifié est un refus qu'on ne pourra pas défendre devant le client.

L'annonce : cinq minutes qui décident du renouvellement

Une fois le motif confirmé, la règle est d'annoncer soi-même, sans attendre que le client reçoive une lettre type de la compagnie. Une trame qui fonctionne, en message écrit puis par téléphone :

  1. Le fait, en une phrase, sans jargon. « La compagnie ne prendra pas en charge ce sinistre. » Pas de « il semblerait que », pas de « le dossier est en cours d'analyse » quand la décision est prise.
  2. Le motif exact, avec sa source. Le nom de la clause et sa page dans les conditions générales, ou l'article du Code. Le client doit pouvoir lire lui-même le texte qu'on lui oppose.
  3. Ce que le cabinet a fait avant d'accepter cette réponse. Les pièces envoyées, la relecture du contrat, l'échange avec le gestionnaire. C'est le point que les clients retiennent.
  4. Ce qui reste possible. Recours interne, pièce complémentaire, réexamen d'un calcul de réduction proportionnelle, saisine du service réclamations de la compagnie puis de l'autorité de contrôle du pays.
  5. La suite pour son contrat. Le contrat continue, l'échéance reste, et il y a probablement une couverture à ajuster pour que le même trou ne se répète pas.

Ce cinquième point est celui qu'on oublie, et c'est celui qui sauve la relation. Un client qui vient d'apprendre qu'il n'est pas indemnisé pense qu'il n'est plus assuré du tout ; le lui dire évite une résiliation de dépit à l'échéance suivante. La même logique que celle du suivi de sinistre où le client reste informé s'applique ici : ce qui fait partir un assuré, c'est le silence, pas la mauvaise nouvelle.

Le mot à ne pas employer

Deux formulations font des dégâts durables. La première : « c'est la compagnie qui a décidé, je n'y peux rien. » Elle est fausse — le courtier peut demander un réexamen, produire des pièces, contester une déchéance mal fondée — et elle rappelle au client que son intermédiaire ne sert à rien. La seconde : « vous auriez dû lire le contrat. » Même quand c'est exact, elle transfère au client une responsabilité de conseil qui est la vôtre.

La bonne posture tient en une phrase : voilà ce qui est écrit, voilà ce que j'ai tenté, voilà ce que je propose maintenant. Écrivez-la sur WhatsApp, où le client lit vraiment, puis appelez. Un message écrit laisse une trace datée du contenu de l'annonce, ce qui protège aussi le cabinet — nous l'avions détaillé dans ce qu'un message WhatsApp vaut dans un dossier d'assurance.

Ce qu'on propose derrière, concrètement

  • Un réexamen documenté quand une pièce manque ou quand la déchéance est opposée sans démonstration du préjudice.
  • Un ajustement de couverture à l'échéance : la garantie absente, la valeur déclarée corrigée, la franchise revue. C'est le moment où le client est le plus réceptif à un conseil qu'il refusait l'an dernier.
  • Un geste commercial demandé à la compagnie pour les portefeuilles anciens, en le présentant comme ce qu'il est : un geste, jamais un droit.
  • Un rappel des délais. Les actions dérivant du contrat d'assurance se prescrivent par deux ans (art. 28), avec des cas particuliers de dix ans en assurance vie et pour les assurances contre les accidents atteignant les personnes quand les bénéficiaires sont les ayants droit de l'assuré décédé. Le client a le droit de savoir combien de temps il lui reste pour agir.

Et une règle de portefeuille : un refus de garantie doit remonter dans vos indicateurs de risque de départ. Un assuré non indemnisé est statistiquement un assuré qui ne renouvelle pas, et il faut le traiter comme tel, c'est-à-dire le rappeler avant l'échéance et non le jour de l'échéance. C'est le sens même du travail décrit dans la mesure du taux de renouvellement d'un portefeuille. Dans ORIS, ce type d'événement se matérialise par un score de risque qui monte et une opportunité « revue de couverture » à traiter avant la date anniversaire, avec l'historique complet de la conversation sous les yeux du collaborateur qui reprendra le dossier.

Ce qui doit rester au dossier

Un dossier de refus bien tenu contient six pièces : la déclaration initiale datée, les conditions particulières et générales applicables au jour du sinistre, la position écrite de la compagnie avec son motif, les échanges du cabinet avec le gestionnaire, le message d'annonce au client, et la trace de ce qui a été proposé ensuite. C'est peu, et c'est exactement ce qui manque dans les dossiers qui finissent mal — devant l'autorité de contrôle comme dans la mémoire du client.

Questions fréquentes

L'assureur peut-il refuser pour déclaration tardive dans tous les cas ?

Non. La déchéance doit d'abord être prévue au contrat, et elle n'est opposable que si l'assureur établit que le retard de déclaration lui a causé un préjudice. Elle ne joue pas non plus lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de la force majeure. Un refus fondé uniquement sur le dépassement d'un délai, sans démonstration, mérite une contestation écrite.

Une omission dans le questionnaire annule-t-elle le contrat ?

Seulement si la mauvaise foi de l'assuré est établie : la fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité et les primes payées restent acquises à l'assureur. Sans mauvaise foi, le contrat vit et, si la découverte a lieu après le sinistre, l'indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues. Demandez systématiquement le détail du calcul.

Faut-il annoncer le refus par écrit ou par téléphone ?

Les deux, dans cet ordre inverse de ce qu'on croit : un message écrit court qui pose le fait et annonce votre appel, puis l'appel dans la journée. L'écrit évite que le client apprenne la nouvelle par la lettre de la compagnie, et l'appel évite qu'il la lise seul. Conservez le message dans le dossier client.

Le cabinet risque-t-il quelque chose si le refus vient d'un défaut de conseil ?

Oui, et c'est précisément pour cela que la relecture du dossier avant l'annonce est indispensable. Si la garantie manquante n'a jamais été proposée ni refusée par écrit, la responsabilité de l'intermédiaire peut être recherchée, et c'est le rôle de la responsabilité civile professionnelle exigée pour l'agrément de courtier. Mieux vaut le constater tôt, en interne, qu'après une mise en cause.

Combien de temps le client peut-il contester ?

Les actions dérivant du contrat d'assurance se prescrivent en principe par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance, avec des points de départ particuliers et des durées plus longues dans certains cas, notamment en assurance vie. Indiquez-le au client au moment de l'annonce : un assuré qui découvre la prescription après coup fait un mauvais souvenir et un mauvais avis.

Voir ORIS en action

Inbox WhatsApp partagée, fiches clients, relances et opportunités pour tout le cabinet. Démonstration en 15 minutes.

Réserver une démo
Réserver une démo