« Je n'ai rien eu cette année » : faire renouveler un contrat qui n'a jamais servi
Article 13, avis d'échéance, 25 % de dommages-intérêts de l'article 21 : ce qu'un cabinet CIMA peut répondre au client qui n'a pas eu de sinistre.
Exclusion, déchéance, fausse déclaration, prime impayée : vérifier le motif de refus avant de l'annoncer, choisir ses mots, et garder un client non indemnisé.
C'est le message que personne n'a envie d'écrire : « votre sinistre n'est pas pris en charge ». Dans un cabinet de la zone CIMA, il arrive plus souvent qu'on ne le dit — véhicule conduit sans permis valide, déclaration faite trois semaines après les faits, valeur déclarée fantaisiste, prime du deuxième fractionnement jamais réglée. Et il arrive presque toujours au plus mauvais moment : le client a payé, il a une attestation dans la boîte à gants, et il ne comprend pas.
La différence entre un cabinet qui perd le client à cette occasion et un cabinet qui le garde tient rarement à l'issue du dossier. Elle tient à trois choses : avoir vérifié le motif avant de le relayer, l'avoir annoncé soi-même et vite, et avoir proposé quelque chose derrière.
Un courtier n'est pas le porte-voix du service sinistres. Avant de transmettre un refus, il vérifie que le motif tient debout au regard du Code — c'est exactement ce que le client attend d'un intermédiaire, et c'est ce qui justifie sa rémunération.
| Motif invoqué | Ce que dit le Code CIMA | Ce que le cabinet vérifie |
|---|---|---|
| Exclusion de garantie | Les clauses édictant des nullités, déchéances, résiliations de plein droit ou exclusions ne sont valables que si elles sont mentionnées en caractères très apparents (art. 8) | La clause figure-t-elle réellement, en caractères apparents, dans les conditions applicables à la date du sinistre ? |
| Déclaration tardive | Le délai contractuel de déclaration ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés, ramené à 48 heures en cas de vol ou de mortalité du bétail (art. 12) | Le contrat prévoit-il une déchéance ? L'assureur établit-il le préjudice que le retard lui a causé (art. 20) ? Y a-t-il cas fortuit ou force majeure ? |
| Fausse déclaration du risque | Nullité si la réticence ou la fausse déclaration est intentionnelle, les primes payées restant acquises à l'assureur (art. 18) | La mauvaise foi est-elle établie, ou s'agit-il d'une omission ? Quelle question précise avait été posée au client ? |
| Omission sans mauvaise foi | Pas de nullité : après sinistre, l'indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport aux primes qui auraient été dues (art. 19) | Le calcul de la réduction proportionnelle a-t-il été fourni et est-il vérifiable ? |
| Prime impayée | Suspension puis résiliation selon la mécanique de l'article 13 | Les mises en demeure et les dates de suspension sont-elles prouvées ? Le sinistre est-il survenu avant ou pendant la suspension ? |
Dans un dossier sur trois, cette relecture ne change rien à l'issue. Mais dans les deux autres, elle transforme un refus sec en réduction proportionnelle chiffrée, ou en prise en charge après production d'une pièce manquante. Un refus qu'on n'a pas vérifié est un refus qu'on ne pourra pas défendre devant le client.
Une fois le motif confirmé, la règle est d'annoncer soi-même, sans attendre que le client reçoive une lettre type de la compagnie. Une trame qui fonctionne, en message écrit puis par téléphone :
Ce cinquième point est celui qu'on oublie, et c'est celui qui sauve la relation. Un client qui vient d'apprendre qu'il n'est pas indemnisé pense qu'il n'est plus assuré du tout ; le lui dire évite une résiliation de dépit à l'échéance suivante. La même logique que celle du suivi de sinistre où le client reste informé s'applique ici : ce qui fait partir un assuré, c'est le silence, pas la mauvaise nouvelle.
Deux formulations font des dégâts durables. La première : « c'est la compagnie qui a décidé, je n'y peux rien. » Elle est fausse — le courtier peut demander un réexamen, produire des pièces, contester une déchéance mal fondée — et elle rappelle au client que son intermédiaire ne sert à rien. La seconde : « vous auriez dû lire le contrat. » Même quand c'est exact, elle transfère au client une responsabilité de conseil qui est la vôtre.
La bonne posture tient en une phrase : voilà ce qui est écrit, voilà ce que j'ai tenté, voilà ce que je propose maintenant. Écrivez-la sur WhatsApp, où le client lit vraiment, puis appelez. Un message écrit laisse une trace datée du contenu de l'annonce, ce qui protège aussi le cabinet — nous l'avions détaillé dans ce qu'un message WhatsApp vaut dans un dossier d'assurance.
Et une règle de portefeuille : un refus de garantie doit remonter dans vos indicateurs de risque de départ. Un assuré non indemnisé est statistiquement un assuré qui ne renouvelle pas, et il faut le traiter comme tel, c'est-à-dire le rappeler avant l'échéance et non le jour de l'échéance. C'est le sens même du travail décrit dans la mesure du taux de renouvellement d'un portefeuille. Dans ORIS, ce type d'événement se matérialise par un score de risque qui monte et une opportunité « revue de couverture » à traiter avant la date anniversaire, avec l'historique complet de la conversation sous les yeux du collaborateur qui reprendra le dossier.
Un dossier de refus bien tenu contient six pièces : la déclaration initiale datée, les conditions particulières et générales applicables au jour du sinistre, la position écrite de la compagnie avec son motif, les échanges du cabinet avec le gestionnaire, le message d'annonce au client, et la trace de ce qui a été proposé ensuite. C'est peu, et c'est exactement ce qui manque dans les dossiers qui finissent mal — devant l'autorité de contrôle comme dans la mémoire du client.
Non. La déchéance doit d'abord être prévue au contrat, et elle n'est opposable que si l'assureur établit que le retard de déclaration lui a causé un préjudice. Elle ne joue pas non plus lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de la force majeure. Un refus fondé uniquement sur le dépassement d'un délai, sans démonstration, mérite une contestation écrite.
Seulement si la mauvaise foi de l'assuré est établie : la fausse déclaration intentionnelle entraîne la nullité et les primes payées restent acquises à l'assureur. Sans mauvaise foi, le contrat vit et, si la découverte a lieu après le sinistre, l'indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues. Demandez systématiquement le détail du calcul.
Les deux, dans cet ordre inverse de ce qu'on croit : un message écrit court qui pose le fait et annonce votre appel, puis l'appel dans la journée. L'écrit évite que le client apprenne la nouvelle par la lettre de la compagnie, et l'appel évite qu'il la lise seul. Conservez le message dans le dossier client.
Oui, et c'est précisément pour cela que la relecture du dossier avant l'annonce est indispensable. Si la garantie manquante n'a jamais été proposée ni refusée par écrit, la responsabilité de l'intermédiaire peut être recherchée, et c'est le rôle de la responsabilité civile professionnelle exigée pour l'agrément de courtier. Mieux vaut le constater tôt, en interne, qu'après une mise en cause.
Les actions dérivant du contrat d'assurance se prescrivent en principe par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance, avec des points de départ particuliers et des durées plus longues dans certains cas, notamment en assurance vie. Indiquez-le au client au moment de l'annonce : un assuré qui découvre la prescription après coup fait un mauvais souvenir et un mauvais avis.
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