Conformité et réglementation

Maroc : ce que l'ACAPS et la loi 09-08 permettent à un intermédiaire d'assurance sur WhatsApp

Agent ou courtier au Maroc : ce que la loi 17-99, l'ACAPS et la loi 09-08 (CNDP) autorisent sur WhatsApp, du consentement à la conservation des messages.

Publié le 8 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Qui a le droit de « présenter » une assurance sur WhatsApp ?
  2. L'agrément ACAPS ne se partage pas
  3. Loi 09-08 : consentement, finalité, déclaration à la CNDP
  4. Ce que WhatsApp lui-même impose
  5. Conservation : combien de temps garder les conversations ?
  6. Trois gestes à mettre en place cette semaine
  7. Questions fréquentes

À Casablanca, Rabat, Tanger ou Agadir, un intermédiaire d'assurance reçoit déjà ses clients sur WhatsApp : photo de la carte grise pour un devis auto, question sur une franchise, demande d'attestation le vendredi soir. La question n'est plus de savoir si le canal est utile, mais ce que le cadre marocain autorise exactement. Deux textes se superposent : la loi 17-99 portant code des assurances, appliquée par l'ACAPS (Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale), et la loi 09-08 sur la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel, appliquée par la CNDP. Cet article les lit du point de vue d'un agent ou d'une société de courtage qui veut travailler sur WhatsApp sans s'exposer.

Qui a le droit de « présenter » une assurance sur WhatsApp ?

Le livre IV de la loi 17-99 définit la présentation des opérations d'assurance de façon large : solliciter ou recueillir la souscription d'un contrat, ou exposer à un souscripteur éventuel, oralement, par écrit ou à distance, les conditions de garantie. Un message WhatsApp qui décrit une garantie et invite à souscrire est donc une présentation d'opérations d'assurance, au même titre qu'un rendez-vous en agence. Seules les personnes habilitées peuvent le faire :

  • Les intermédiaires d'assurance agréés par l'ACAPS : l'agent d'assurances (mandataire d'une compagnie, personne physique ou morale) et la société de courtage (mandataire de ses clients face aux compagnies).
  • Les bureaux de gestion directe des entreprises d'assurances.
  • Les établissements de crédit, pour un périmètre limité (assurances de personnes, assistance, assurance-crédit, selon les textes en vigueur).
  • Les démarcheurs, qui ne sont pas intermédiaires : ils peuvent démarcher pour le compte d'un intermédiaire ou d'une compagnie, mais pas encaisser les primes ni se présenter comme courtier.

Conséquence pratique : le numéro WhatsApp qui porte la relation commerciale doit être celui de l'entité agréée, identifiée par sa dénomination et son numéro d'agrément, pas celui d'un démarcheur ou d'un stagiaire sur son téléphone personnel. Le projet de refonte du livre IV publié par le Secrétariat Général du Gouvernement consacre d'ailleurs un titre entier à la vente à distance et précise que le démarcheur ne peut « en aucun cas encaisser les primes ». Tant que la réforme n'est pas promulguée, c'est le texte actuel qui s'applique, mais la direction est claire : le canal à distance est reconnu, à condition que l'intermédiaire reste identifiable et responsable.

L'agrément ACAPS ne se partage pas

L'agrément est personnel : il est délivré à l'agent ou à la société de courtage après examen professionnel organisé sous l'égide de l'ACAPS, avec des conditions de nationalité, de diplôme, de stage ou d'expérience et d'honorabilité. Trois situations fréquentes sur WhatsApp posent problème :

  1. Le collaborateur non agréé qui conseille seul. Un gestionnaire peut renseigner un client sur l'état d'un dossier ; il ne devrait pas, en son nom, proposer une garantie et en négocier les conditions. L'organisation doit permettre à un intermédiaire agréé de relire ou de reprendre la conversation.
  2. L'agent qui place chez plusieurs compagnies. L'agent est lié à sa mandante par un traité de nomination ; sauf accord et dans les limites fixées par l'Autorité, il ne présente pas les produits d'autres compagnies. Sur WhatsApp, la tentation de « trouver mieux ailleurs » pour un client existe ; elle relève du courtier, pas de l'agent.
  3. Le numéro perso devenu numéro du cabinet. Si l'agent change de compagnie ou si le collaborateur part, l'historique part avec lui. Un numéro WhatsApp Business au nom de l'entité, partagé dans une inbox commune, évite cette perte.

La rubrique conformité du blog détaille la même question pour d'autres marchés ; la logique marocaine est proche de celle de l'Europe sur un point : c'est l'entité agréée, pas l'individu, qui doit porter le canal.

Loi 09-08 : consentement, finalité, déclaration à la CNDP

La loi 09-08 et son décret d'application organisent le traitement des données personnelles au Maroc. Pour un intermédiaire sur WhatsApp, quatre obligations comptent plus que les autres.

ObligationCe que ça veut dire sur WhatsAppComment le prouver
Consentement préalable à la prospection directePas de message commercial à un prospect qui n'a pas accepté d'être contacté sur ce numéroCase cochée, message d'accord conservé, formulaire daté
Finalité déterminéeUn numéro collecté pour gérer un sinistre ne sert pas, sans accord, à vendre une prévoyanceMention d'information au moment de la collecte
Déclaration ou autorisation auprès de la CNDPLe traitement « gestion de la relation client et prospection » doit être notifié ; les données de santé relèvent d'un régime plus strictRécépissé CNDP conservé au cabinet
Droit d'opposition simple et gratuitUn client qui écrit « stop » ne doit plus recevoir de messages commerciauxListe d'exclusion tenue à jour

Un point est souvent oublié : les messages WhatsApp transitent par des serveurs situés hors du Maroc. La CNDP traite le transfert de données à l'étranger comme une formalité à part, à notifier. L'intermédiaire n'a pas la main sur l'infrastructure de Meta, mais il doit en tenir compte dans sa déclaration et informer ses clients que le canal implique un prestataire étranger. En cas de doute sur la formalité applicable, la CNDP publie des lignes directrices et un service d'accompagnement ; mieux vaut l'interroger que de présumer.

Ce que WhatsApp lui-même impose

Au cadre marocain s'ajoutent les règles de la plateforme, qui s'appliquent partout : les messages à l'initiative de l'entreprise passent par des templates approuvés par Meta (catégorie utilitaire pour un rappel d'échéance ou une attestation, catégorie marketing pour une offre), la conversation libre n'est possible que dans les 24 heures qui suivent le dernier message du client, et un numéro signalé par trop de destinataires voit sa qualité baisser, puis ses envois limités. Ces règles vont dans le même sens que la loi 09-08 : elles obligent à collecter l'accord, à tracer l'opt-out et à n'écrire qu'à des clients qui s'y attendent.

Pour un cabinet qui structure tout cela, un CRM WhatsApp sert précisément à tenir ces preuves : un opt-in enregistré sur la fiche client, un opt-out pris en compte automatiquement dès qu'un client répond « STOP », des campagnes qui ne partent qu'à partir de templates approuvés et vers des contacts opt-in, et un journal d'audit des échanges. ORIS range ces éléments dans Customers & Segments et dans les réglages de conformité ; le cabinet reste responsable du contenu, mais il peut montrer ce qu'il a envoyé, à qui, et sur quelle base.

Conservation : combien de temps garder les conversations ?

La loi 09-08 demande que les données ne soient pas conservées au-delà de la durée nécessaire à la finalité. Pour un intermédiaire, la finalité « gestion du contrat » justifie de conserver les échanges liés à une souscription ou à un sinistre pendant la vie du contrat et les délais de prescription qui suivent ; la finalité « prospection » ne justifie pas de garder indéfiniment un numéro qui n'a jamais souscrit. Quelques repères, à adapter avec votre conseil :

  • Conversations liées à un contrat en cours : conservées, rattachées à la fiche client, exportables si un litige survient.
  • Prospects sans suite : purge à échéance régulière, par exemple après un délai que vous fixez et documentez dans votre registre.
  • Pièces sensibles reçues sur WhatsApp (certificats médicaux pour une assurance de personnes) : ne pas les laisser sur les téléphones ; les déplacer dans le dossier client et les supprimer du terminal.
  • Départ d'un collaborateur : révocation de son accès à l'inbox plutôt que récupération de son téléphone.

Un export CSV régulier des contacts et des opportunités, hors de la plateforme, permet de répondre à une demande d'accès ou de rectification d'un client dans les délais, ce que la loi prévoit.

Trois gestes à mettre en place cette semaine

  1. Ajouter dans vos formulaires de souscription et de devis une mention d'information conforme à la loi 09-08, avec une case dédiée au contact WhatsApp, distincte de l'acceptation du contrat.
  2. Vérifier que le traitement « relation client et prospection par messagerie » figure dans vos déclarations à la CNDP, et le compléter sinon.
  3. Remplacer les numéros personnels par un numéro WhatsApp Business au nom de l'entité agréée, avec l'agrément ACAPS dans le profil professionnel, et rapatrier les conversations dans une organisation partagée.

Questions fréquentes

Un agent d'assurances peut-il faire signer un contrat par WhatsApp au Maroc ?

La présentation et l'échange de documents à distance sont possibles ; la validité de la signature dépend des règles sur la preuve électronique et des pratiques de la compagnie mandante. Dans la pratique, beaucoup de compagnies demandent encore une signature manuscrite ou un parcours de signature dédié. WhatsApp sert au devis, aux pièces et au suivi, pas à la signature en tant que telle.

Faut-il l'accord de la CNDP avant d'utiliser WhatsApp Business ?

Il ne s'agit pas d'un accord sur l'outil mais d'une déclaration ou d'une autorisation du traitement que vous opérez (données de clients et de prospects, finalités, transfert à l'étranger). Si votre traitement de relation client est déjà déclaré, vérifiez qu'il couvre la messagerie ; sinon, complétez-le.

Un démarcheur peut-il utiliser son propre WhatsApp pour trouver des clients ?

Le démarcheur agit pour le compte d'un intermédiaire ou d'une compagnie et n'a pas la qualité d'intermédiaire. Il ne peut pas encaisser de primes ni se présenter comme courtier ou agent. Le plus sûr est que les conversations aboutissent rapidement sur le numéro de l'entité agréée.

Peut-on écrire en darija ou en amazighe aux clients ?

Oui, rien ne l'interdit, et c'est souvent la langue de confiance du client. Les documents contractuels restent dans leur langue officielle ; le message WhatsApp peut expliquer, en darija, ce que le document dit, sans en modifier le sens.

Que risque un cabinet qui envoie des promotions sans consentement ?

La loi 09-08 prévoit des sanctions administratives et pénales, avec des amendes et, pour certaines infractions, des peines d'emprisonnement. Au-delà du risque juridique, un numéro signalé par des destinataires perd sa qualité WhatsApp et peut être restreint par Meta.

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