Cyberattaque au cabinet : les 72 heures qui comptent, et le plan de continuité
Rançongiciel, compte Meta perdu, messagerie piratée : les délais qui courent dès la découverte, ce qui s'applique vraiment à un cabinet, et le plan minimal.
Un gestionnaire quitte le cabinet et l’historique de ses échanges part avec lui. Accès à couper, traces à garder, message aux assurés : la marche à suivre.
Dans un cabinet de trois à cinquante personnes, le départ d'un gestionnaire ne pose pas seulement une question de charge de travail. Il pose une question de mémoire : où sont les échanges des dix-huit derniers mois avec ses cent cinquante clients, qui peut les relire, et que voit l'assuré qui écrit le lendemain au numéro qu'il connaît ? Sur WhatsApp, la réponse dépend presque entièrement de la configuration choisie avant le départ. Après, il est trop tard.
Ce guide décrit ce qui part réellement avec le collaborateur selon le montage retenu, la passation à mener dans les deux semaines qui précèdent, les accès à couper le jour J, et les traces que le cabinet doit conserver pour tenir devant un client mécontent comme devant un contrôleur.
Trois montages coexistent dans les cabinets français, belges, luxembourgeois et suisses, et ils ne se valent pas du tout au moment d'un départ.
| Configuration | Où vit l'historique | Ce que le cabinet récupère | Risque principal |
|---|---|---|---|
| Numéro personnel du collaborateur, WhatsApp grand public | Sur son téléphone, avec une sauvegarde sur son compte Google ou iCloud personnel | Rien, sauf ce qu'il exporte volontairement, conversation par conversation | Le client continue d'écrire à un numéro que le cabinet ne contrôle plus |
| Téléphone du cabinet, application WhatsApp Business | Sur l'appareil remis au salarié | L'historique, à condition que le téléphone soit rendu sans déconnexion ni réinitialisation | Un transfert d'appareil mal exécuté efface tout, et rien n'est attribué par gestionnaire |
| Numéro du cabinet sur la WhatsApp Business Platform | Côté plateforme, sous le compte du cabinet | La totalité des conversations, immédiatement, avec l'attribution et les notes internes | Des comptes utilisateurs oubliés dans le portefeuille d'entreprise Meta |
La première ligne est encore la plus répandue et c'est la seule qui ne se rattrape pas : un employeur ne peut pas exiger d'accéder au téléphone personnel d'un salarié pour en extraire des conversations, même professionnelles. Si votre cabinet en est là, le sujet n'est pas le départ à venir mais le canal lui-même — nous avons détaillé le chemin dans la migration du WhatsApp perso vers le numéro du cabinet en 30 jours, et le choix de fond dans le comparatif numéro personnel ou numéro du cabinet.
Un départ annoncé laisse presque toujours deux à trois semaines utiles. Voici l'ordre qui fonctionne.
La liste est courte mais chaque ligne oubliée reste ouverte pendant des mois. Retirer le compte utilisateur du portefeuille d'entreprise Meta et des outils qui y sont rattachés. Retirer l'accès à l'inbox partagée et réattribuer les conversations encore ouvertes à son nom. Récupérer la carte SIM et l'appareil professionnels contre décharge écrite. Supprimer l'adresse électronique nominative une fois le contrat de travail rompu, comme le demande la CNIL, en gardant à l'esprit qu'une redirection temporaire vers un collègue doit rester limitée dans le temps et être annoncée à l'intéressé. Enfin, révoquer les accès aux extranets des compagnies, ligne par ligne : c'est presque toujours là que traînent les comptes fantômes.
Un mot sur la lecture des messages. Les échanges reçus sur un outil professionnel sont présumés professionnels et peuvent être consultés par l'employeur, sauf ceux qui sont identifiés comme personnels ; la CNIL rappelle ce principe pour l'accès à la messagerie d'un salarié absent. Autrement dit : oui pour reprendre le fil d'un dossier client, non pour parcourir une conversation marquée privée. Cette règle mérite d'être écrite dans la charte informatique du cabinet, avant d'en avoir besoin.
Un assuré qui découvre le départ de son interlocuteur par un silence de trois semaines commence à comparer. Un message court, envoyé le jour même, produit l'effet inverse. La formulation qui fonctionne tient en quatre éléments : le nom du cabinet, le fait que le suivi continue, le nom de la personne qui reprend, et l'invitation à répondre au même endroit.
Exemple, à adapter et à faire valider comme modèle si vous l'envoyez hors conversation ouverte : « Bonjour [prénom], ici le cabinet [cabinet]. [Prénom] a quitté le cabinet ; c'est désormais [nom du gestionnaire] qui suit vos contrats, au même numéro. Vos dossiers en cours ont été repris, y compris votre [dossier]. Vous pouvez répondre directement ici. » Rien sur les circonstances du départ, aucune offre commerciale glissée dans le message : ce serait le requalifier en message marketing, avec le niveau de consentement qui va avec.
Traitez à part les clients à sinistre ouvert et ceux dont l'échéance approche : un appel, puis un écrit qui reprend ce qui a été dit. C'est aussi la période où les erreurs de conseil se paient, parce que le nouveau gestionnaire ignore ce qui a été promis. Nos repères sur la formalisation du devoir de conseil quand l'échange a lieu sur WhatsApp valent doublement pendant une passation.
Un départ n'efface aucune obligation. Le cabinet reste tenu de pouvoir démontrer ce qu'il a conseillé, ce qu'il a envoyé et quand. Trois horizons cohabitent, et c'est le plus long qui commande la conservation d'une pièce donnée : la prescription biennale du code des assurances, deux ans pour les actions nées du contrat ; l'obligation de conservation issue de la lutte contre le blanchiment, cinq ans à compter de la fin de la relation d'affaires ; et les durées propres au secteur de l'assurance rappelées par la CNIL, notamment trois ans après le dernier contact pour un prospect resté sans contrat, et jusqu'à cinq ans pour les données utiles à la constatation ou à la défense d'un droit en justice.
Concrètement, cela veut dire deux choses. D'abord, l'historique des conversations d'un collaborateur parti ne se supprime pas avec son compte : il se rattache au client, avec un accès restreint. Ensuite, il faut pouvoir en sortir un extrait lisible sur demande — pour répondre à une réclamation, à un droit d'accès ou à une question de l'autorité de contrôle.
C'est là que le montage technique se paie ou se rembourse. Quand les échanges vivent sur le numéro du cabinet dans un outil comme ORIS, la fiche client conserve la conversation, l'attribution et les notes ; retirer un utilisateur ne fait disparaître ni l'historique ni les opportunités ouvertes, et l'export CSV des clients et des opportunités permet de constituer le dossier de passation en quelques minutes. Quand ils vivent sur le téléphone d'un salarié parti, il n'y a rien à exporter et rien à prouver.
Non. Un employeur ne peut pas imposer l'accès à un terminal privé pour en extraire des messages, même liés à des clients. Vous pouvez demander une remise volontaire des échanges professionnels, et l'obtenir sur un départ à l'amiable, mais vous ne pouvez pas la contraindre. C'est précisément l'argument qui justifie de sortir la relation client des numéros personnels avant le prochain départ.
Oui pour ceux que le collaborateur suivait nommément, c'est-à-dire ceux qui l'appelaient ou lui écrivaient directement. Un message factuel le jour même, sans commentaire sur les circonstances, suffit. Pour les clients suivis par le cabinet dans son ensemble, une information générale n'apporte rien et crée du bruit.
S'il s'agit d'une ligne du cabinet, elle se conserve et se réaffecte : les clients continueront de l'utiliser pendant des mois. Ne la résiliez pas dans les semaines qui suivent le départ, vous perdriez les messages entrants sans le savoir. Si le collaborateur utilisait sa ligne personnelle, prévoyez au contraire une communication insistante sur le numéro du cabinet, répétée à l'échéance suivante.
La question ne se pose pas au niveau du salarié mais du client : la conversation est une pièce du dossier de l'assuré. Alignez sa conservation sur celle du dossier, en tenant compte de la prescription biennale, des cinq ans exigés au titre de la lutte contre le blanchiment et des durées publiées par la CNIL pour le secteur, puis appliquez la même règle à tout le monde plutôt que de décider au cas par cas.
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