Organisation du cabinet

Combien de temps garder les conversations WhatsApp et les pièces d'un dossier client

Prescription biennale, responsabilité du courtier, LCB-FT, RGPD : quatre horloges. Le tableau des durées et ce qu'on extrait vraiment d'un fil WhatsApp.

Publié le 6 min de lectureFCB.ai
Sommaire
  1. Quatre horloges, quatre durées
  2. Le tableau du cabinet
  3. Une conversation WhatsApp n'est pas une archive
  4. Mettre la politique en œuvre sans y passer ses journées
  5. Questions fréquentes

Deux réflexes cohabitent dans les cabinets de courtage, et ils sont mauvais tous les deux. Le premier : tout garder, pour toujours, « au cas où » — avec des photos de cartes d'identité qui dorment dans la galerie du téléphone d'un collaborateur parti depuis deux ans. Le second : ne rien organiser du tout et laisser WhatsApp faire le tri, jusqu'au jour où un client conteste un conseil donné il y a trois ans et où le fil a disparu avec le changement de mobile. Entre les deux, il y a une politique de conservation. Elle tient sur une page, mais elle suppose de comprendre que plusieurs horloges tournent en même temps, et qu'elles n'ont pas la même durée.

Quatre horloges, quatre durées

La première est celle du contrat d'assurance. L'article L. 114-1 du Code des assurances soumet à une prescription de deux ans toutes les actions dérivant du contrat, entre l'assureur et l'assuré. C'est court, et c'est ce délai que l'on cite en général quand on parle de conservation en assurance.

La deuxième est celle du courtier, et elle est plus longue. L'action qu'un client engage contre son intermédiaire pour manquement au devoir d'information et de conseil ne dérive pas du contrat d'assurance : elle relève de la prescription de droit commun de cinq ans de l'article 2224 du Code civil, courant du jour où le client a connu ou aurait dû connaître les faits. Autrement dit : la pièce qui vous protège n'est pas le contrat, c'est la trace de votre conseil — et il faut la garder plus longtemps que le contrat lui-même.

La troisième est celle de la lutte contre le blanchiment. L'article L. 561-12 du Code monétaire et financier impose de conserver cinq ans les documents relatifs à l'identité des clients, à compter de la clôture de la relation d'affaires, et cinq ans les documents relatifs aux opérations, à compter de leur exécution.

La quatrième est celle du RGPD, qui ne fixe aucune durée chiffrée mais interdit de conserver sans motif. La CNIL publie des repères de durées propres au secteur de l'assurance : trois ans à compter du dernier contact pour un prospect qui n'a pas souscrit, une conservation à des fins probatoires alignée sur les délais de prescription applicables, et des règles particulières en assurance vie, où l'action des bénéficiaires se prescrit par trente ans à compter du décès.

Le tableau du cabinet

Ces quatre horloges donnent une grille lisible. Les durées ci-dessous sont des repères de bonne pratique, fondés sur les délais de prescription et les recommandations de la CNIL ; le cas particulier de votre portefeuille (vie, emprunteur, risques d'entreprise) peut justifier plus long, et doit alors être documenté.

PièceRepère de conservationPourquoi
Recueil des exigences et besoins, conseil motivé, devis remis5 ans après la fin de la relationAction en responsabilité contre l'intermédiaire (art. 2224 C. civ.)
Dossier d'un prospect qui n'a pas souscrit3 ans après le dernier contactRepères CNIL, prospection
Pièce d'identité, justificatif de domicile, éléments de vigilance5 ans après la clôture de la relationLCB-FT (art. L. 561-12 CMF)
Quittances, avis d'échéance, preuves de paiementDurée du contrat, puis 2 ansPrescription biennale (art. L. 114-1 C. assur.)
Dossier de sinistre régléAu-delà du règlement, selon la nature du risque et les recours ouvertsRecours et responsabilités qui survivent au règlement
Contrat d'assurance vie et pièces bénéficiairesTrès longue durée, jusqu'à trente ans après le décèsAction des bénéficiaires

Une conversation WhatsApp n'est pas une archive

C'est le point que les cabinets manquent le plus souvent. Un fil WhatsApp est un canal, pas un système de conservation : il vit sur des terminaux, se perd au changement de téléphone, se supprime des deux côtés et n'a pas d'horodatage opposable une fois exporté à la main. Compter dessus comme preuve du conseil, c'est confondre le tuyau et le classeur.

La bonne discipline est un tri à la source. Trois familles :

  • Ce qui remonte au dossier client. Le conseil formulé et ses motifs, l'accord du client sur une garantie ou une exclusion, la déclaration d'un élément de risque, l'envoi d'un document contractuel. Ces éléments doivent être reformulés et versés au dossier, sur support durable — c'est exactement la logique décrite dans notre article sur la formalisation du devoir de conseil quand l'échange a lieu sur WhatsApp.
  • Ce qui reste opérationnel. La logistique du quotidien — un rendez-vous décalé, un « je vous rappelle demain » — n'a pas vocation à être archivée et vieillit sans valeur.
  • Ce qu'il faut retirer vite. Les pièces sensibles envoyées en photo. Une fois versées au dossier, elles n'ont plus rien à faire dans la galerie d'un téléphone. Notre cas d'usage sur la collecte de justificatifs décrit ce circuit de bout en bout.

Mettre la politique en œuvre sans y passer ses journées

Quatre décisions, prises une fois, tiennent le sujet.

  1. Séparer base active et archivage intermédiaire. La CNIL attend cette distinction : les données conservées pour la seule preuve sortent de l'usage courant et voient leurs accès restreints. Concrètement, un dossier clos ne doit plus apparaître dans les listes de relance.
  2. Fixer le point de départ, pas seulement la durée. « Cinq ans » ne veut rien dire sans son déclencheur : fin de la relation, dernier contact, exécution de l'opération, règlement du sinistre. Écrivez le déclencheur en face de chaque ligne de votre tableau.
  3. Attribuer le canal au cabinet, pas au collaborateur. Une conversation qui vit sur le mobile personnel d'un gestionnaire échappe à toute politique de conservation le jour de son départ. C'est le sujet de notre article sur la reprise des conversations d'un collaborateur qui part.
  4. Prévoir la sortie des données. Une politique de conservation n'a de sens que si vous pouvez extraire ce que vous conservez : pour répondre à une demande d'accès, pour transmettre un dossier, ou simplement pour changer d'outil. Dans ORIS, les fiches clients et les opportunités s'exportent en CSV depuis l'écran Data & Integrations, et les actions sensibles sont tracées dans les journaux d'audit accessibles côté paramètres.

Le reste est une affaire de revue annuelle : une heure, une fois par an, pour passer le tableau en revue, purger ce qui a dépassé son terme et vérifier que les dossiers clos ne traînent plus dans les vues opérationnelles. C'est peu, et c'est ce qui distingue un cabinet qui subit ses archives d'un cabinet qui les pilote.

Questions fréquentes

Dois-je exporter systématiquement mes conversations WhatsApp ?

Non, et c'est même contre-productif : un export brut mélange l'essentiel et le bavardage, et alourdit inutilement vos obligations. Ce qu'il faut, c'est verser au dossier client les éléments qui portent une conséquence — conseil, accord, déclaration, envoi de document — au fil de l'eau.

La prescription biennale de deux ans s'applique-t-elle à mon cabinet ?

Elle s'applique aux actions dérivant du contrat d'assurance, donc principalement entre l'assuré et l'assureur. L'action d'un client contre son courtier pour manquement au devoir de conseil relève du délai de droit commun de cinq ans : c'est ce délai plus long qui doit dimensionner la conservation de vos traces de conseil.

Puis-je conserver les photos de pièces d'identité reçues sur WhatsApp ?

Vous devez conserver les éléments de vigilance LCB-FT cinq ans après la clôture de la relation, mais dans un espace maîtrisé et à accès restreint, pas dans la galerie d'un smartphone. Versez la pièce au dossier, puis supprimez-la du terminal et de la conversation.

Que faire des messages d'un prospect qui n'a jamais souscrit ?

La CNIL retient trois ans à compter du dernier contact émanant du prospect. Passé ce délai, les données doivent être supprimées ou anonymisées, sauf motif documenté de conservation plus longue — un contentieux en cours, par exemple.

Une politique de conservation doit-elle figurer quelque part par écrit ?

Oui. Elle nourrit votre registre des traitements et vos mentions d'information, et c'est la première pièce demandée en cas de contrôle. Un tableau d'une page, daté, avec la durée et le point de départ pour chaque catégorie de données, suffit à un cabinet de taille moyenne.

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