Placer un grand risque d'entreprise en zone CIMA : le marché local d'abord, la coassurance ensuite
Article 308, État de situation du risque, règlement de 2006 : où un cabinet de courtage peut placer le risque industriel d'un client en zone CIMA.
Deux dispositifs régionaux prennent le relais de la RC auto au-delà de la frontière. Ce qu'un courtier doit vérifier, expliquer et faire en cas d'accident.
Un client appelle un jeudi soir : il part pour Lagos en voiture lundi, ou il envoie deux camions à Douala. Sa prime est payée, son attestation est dans la boîte à gants, et il considère le sujet réglé. Il ne l'est pas. La responsabilité civile automobile qu'il a souscrite chez vous produit ses effets dans son pays ; au-delà de la frontière, c'est un autre dispositif qui prend le relais — la carte brune dans l'espace CEDEAO, la carte rose dans l'espace CEMAC. Le courtier qui l'explique en trois messages évite à son client une immobilisation au poste-frontière et, en cas d'accident, une procédure d'indemnisation dans un pays dont il ignore tout.
Ce n'est pas un sujet marginal pour un cabinet africain. Les transporteurs, les commerçants qui font la navette entre deux capitales, les entreprises qui envoient un véhicule de service chez un client de l'autre côté de la frontière, les familles qui rentrent au village pour les fêtes : tous relèvent de ces dispositifs, et presque aucun ne le sait avant qu'un gendarme ne le lui apprenne.
Les deux systèmes répondent au même problème : garantir aux victimes d'un accident causé par un automobiliste non-résident une indemnisation prompte et équitable, sans les obliger à poursuivre un assureur étranger. Ils fonctionnent par un réseau de bureaux nationaux qui se reconnaissent mutuellement et se remboursent entre eux.
| Carte brune CEDEAO | Carte rose CEMAC | |
|---|---|---|
| Texte fondateur | Protocole A/P1/5/82, signé le 29 mai 1982 à Cotonou | Acte des chefs d'État de 1996, rendu obligatoire par un règlement de l'Union économique de l'Afrique centrale en juillet 2000 |
| Espace couvert | 14 bureaux nationaux : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo | Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, Tchad |
| Ce qui est garanti | Responsabilité civile : dommages matériels, corporels et décès causés aux tiers | Responsabilité civile, à un niveau au moins équivalent à ce qu'exige le pays où survient le sinistre |
| Qui la délivre | La compagnie auprès de laquelle la police auto a été souscrite, membre du bureau national | La compagnie, au guichet, avec la RC automobile |
| Qui gère le sinistre | Le bureau du pays de l'accident, qui se retourne vers le bureau émetteur | Le bureau du pays de l'accident, selon la même mécanique |
Un point mérite d'être retenu : ces deux espaces ne se recouvrent pas avec la zone CIMA. Le Nigeria, le Ghana, la Gambie, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée sont dans la CEDEAO sans être dans la CIMA ; le Cameroun, le Gabon ou le Tchad sont dans la CIMA et dans la CEMAC. Un client qui roule d'Abidjan à Accra change de régime d'assurance et de langue de procédure au même moment. Un client qui va de Douala à Libreville reste dans la CIMA, mais bascule dans le dispositif carte rose.
C'est ici que naissent la plupart des litiges de cabinet. La carte brune comme la carte rose sont des extensions de la responsabilité civile, rien d'autre. Elles paient les tiers. Elles ne réparent pas le véhicule de votre client, ne remboursent pas sa marchandise, ne rapatrient personne et ne remplacent pas une assistance.
Le message à envoyer au client tient en deux phrases : « La carte couvre les dommages que vous causez aux autres, dans les pays de la zone. Pour votre véhicule et votre marchandise, il faut regarder votre contrat, et je vous confirme ce qui s'applique avant votre départ. » Dit avant le voyage, ce cadrage évite une conversation beaucoup plus difficile après.
Le courtier ne délivre pas la carte lui-même. Elle est émise par la compagnie chez laquelle la police est souscrite, membre du bureau national. Le rôle du cabinet est de rendre l'opération rapide et de ne pas laisser partir un client sans document valide.
Le coût de la carte est fixé par chaque bureau national et reste sans commune mesure avec la prime annuelle. Ce n'est jamais le prix qui bloque : c'est le délai, quand la demande arrive la veille du départ.
Le dispositif désigne deux acteurs. Le bureau gestionnaire est celui du pays où l'accident a eu lieu : c'est lui qui instruit et règle, en appliquant la loi du lieu de l'accident. Le bureau émetteur est celui du pays qui a délivré la carte : c'est lui qui rembourse, avec la compagnie membre concernée.
La convention de la carte brune organise cette relation par paliers, exprimés en unités de compte (UC), la monnaie de référence du système : jusqu'à 3 000 UC, le bureau gestionnaire règle puis notifie le bureau émetteur pour remboursement ; entre 3 000 et 10 000 UC, l'accord préalable du bureau émetteur et de la compagnie qui a délivré la carte est requis ; au-delà de 10 000 UC, le bureau gestionnaire peut demander le paiement immédiat au bureau émetteur. Une avance aux tiers reste possible dans la limite de 3 000 UC, et les frais de gestion du bureau gestionnaire sont plafonnés.
Votre client ne verra jamais cette mécanique, mais elle explique les délais que vous aurez à annoncer. Ce qu'il doit faire, en revanche, tient en cinq gestes, à envoyer en message pré-écrit dès que le sinistre est signalé :
Le reste est un travail de suivi, identique dans son principe à un sinistre local — le parcours complet est décrit dans notre article sur le sinistre auto en zone CIMA, du constat à l'indemnisation — avec une différence : le client est loin, il a peur, et il vous écrit à toute heure. C'est exactement le moment où un cabinet se fait recommander ou se fait quitter.
Trois préparations suffisent à transformer ce sujet en réflexe. D'abord, un message type de départ en voyage, envoyé dès qu'un client annonce un déplacement transfrontalier : ce que la carte couvre, ce qu'elle ne couvre pas, les pièces à envoyer. Ensuite, un message type de sinistre à l'étranger, celui des cinq gestes ci-dessus, prêt à partir en une seconde. Enfin, une liste des clients concernés — transporteurs, flottes, commerçants frontaliers — pour les prévenir avant les périodes de forts déplacements plutôt qu'après.
Dans ORIS, cette liste devient un segment de clients dans Customers & Segments, et le message de prévention un template soumis à l'approbation de Meta puis envoyé en Quick Campaign à ce seul segment. Les réponses arrivent dans l'inbox partagée du cabinet, où l'IA classe les demandes et propose un brouillon que le gestionnaire relit avant envoi — utile quand cinq clients annoncent leur départ la même semaine. Ce qui reste manuel reste manuel : la carte est délivrée par la compagnie, et personne d'autre. Pour voir ce que cela donne sur vos propres conversations, demandez une démonstration.
Oui : le système prévoit que tout automobiliste franchissant la frontière d'un État membre détienne une carte en état de validité, quelle que soit la durée du séjour. Un aller-retour dans la journée reste un franchissement de frontière, et les contrôles se font au poste, pas au retour.
Non, pas au titre de la carte : elle ne garantit que la responsabilité civile, donc les dommages causés aux tiers. Pour son propre véhicule, tout dépend de l'étendue territoriale des garanties dommages de son contrat, qu'il faut faire confirmer par la compagnie avant le départ.
Ce sont deux dispositifs distincts, avec des États membres différents et des bureaux différents. Des travaux de rapprochement existent entre les deux réseaux, mais tant qu'ils ne sont pas effectifs pour votre client, ne présumez rien : demandez à la compagnie quel document couvre l'itinéraire exact, pays par pays.
Non. Seule la compagnie auprès de laquelle la police d'assurance a été souscrite est habilitée à la délivrer, en tant que membre du bureau national. Le courtier prépare le dossier, contrôle le document et le remet au client, ce qui est déjà l'essentiel du délai gagné.
Le tarif relève de la décision de chaque bureau national et varie selon le pays et le type de véhicule. Annoncez-le toujours avant, en le rapportant à la prime annuelle : le client accepte sans difficulté une dépense modeste, il accepte mal une ligne qu'il découvre sur une facture.
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