Le fichier clients d'un cabinet africain : fiabiliser les numéros avant de passer sur WhatsApp
Numéros à l'ancien format, doublons, opt-in inconnu : le fichier d'un cabinet africain casse au premier envoi WhatsApp. Le plan de nettoyage, étape par étape.
Dans un cabinet de courtage à Abidjan, Dakar, Douala ou Casablanca, le « fichier clients » est rarement un fichier. C'est un classeur Excel tenu par la comptabilité, un carnet de production chez un apporteur, les contacts enregistrés dans le téléphone de chaque commercial, et parfois un extranet compagnie qu'on recopie à la main. Tant que la relation passe par l'agence et par l'appel téléphonique, cet éclatement se supporte. Le jour où le cabinet veut envoyer un rappel d'échéance à huit cents assurés sur WhatsApp, il casse — et il casse au pire moment, devant le portefeuille entier.
Pourquoi le fichier lâche exactement au premier envoi
WhatsApp n'identifie pas un assuré par son nom, son numéro de police ou son adresse. Il l'identifie par un seul élément : son numéro de téléphone au format international, c'est-à-dire l'indicatif pays suivi du numéro national, sans le zéro d'appel local et sans espaces — le format décrit par la recommandation E.164 de l'Union internationale des télécommunications. Un numéro noté « 07 12 34 56 78 » dans une colonne Excel n'est pas un numéro pour WhatsApp : c'est du texte.
Trois conséquences très concrètes, que tous les cabinets qui démarrent découvrent dans le même ordre :
L'import de la base est refusé, ou pire, accepté avec des lignes silencieusement inexploitables.
Les messages partent vers des numéros qui n'existent plus depuis une renumérotation nationale, et personne ne le voit puisqu'il n'y a pas de réponse — juste un statut d'échec dans un tableau.
Le cabinet ne sait pas dire, client par client, qui a accepté d'être contacté sur WhatsApp. Or c'est la première question que pose l'autorité de protection des données si un assuré se plaint.
Le nettoyage du fichier n'est donc pas une tâche informatique à sous-traiter plus tard : c'est le premier chantier du projet, avant même de choisir un outil.
Les cinq défauts qu'on retrouve dans presque tous les fichiers
Le format local. Numéros écrits avec le zéro initial, avec des points, des tirets, ou collés à un commentaire (« 0770123456 (fils) »). Une colonne Excel formatée en nombre a même parfois supprimé le zéro de tête.
Les numéros périmés par une renumérotation. Les plans nationaux changent, et les fichiers de courtage, eux, ne changent pas tout seuls.
Les doublons. Le même assuré apparaît trois fois : une par contrat, avec trois orthographes de son nom et deux numéros différents. C'est le défaut le plus coûteux, parce qu'il produit trois messages au même client le même matin.
Le numéro d'un tiers. Celui du fils qui a fait la souscription, du chauffeur de la flotte, ou de l'agent qui a vendu le contrat. Envoyer un rappel de prime à ce numéro, c'est révéler une information contractuelle à quelqu'un qui n'est pas l'assuré.
Les champs de gestion manquants. Sans date d'échéance, sans branche et sans statut du contrat, un fichier propre reste inutilisable : on peut écrire à tout le monde, mais pas au bon moment.
Remettre les numéros au format international, pays par pays
La conversion n'est pas la même partout, et deux pays d'Afrique de l'Ouest ont changé de plan de numérotation ces dernières années — de quoi périmer d'un coup une partie du fichier d'un cabinet.
Pays
Indicatif
Chiffres du numéro national
Point de vigilance
Côte d'Ivoire
+225
10
Passage de 8 à 10 chiffres le 31 janvier 2021, par ajout d'un préfixe propre à chaque opérateur (07 Orange, 05 MTN, 01 Moov pour le mobile). Tout numéro à 8 chiffres du fichier est mort.
Bénin
+229
10
Passage de 8 à 10 chiffres le 30 novembre 2024, par ajout du préfixe 01 devant l'ancien numéro, quel que soit l'opérateur.
Sénégal
+221
9
Mobiles en 7X ; attention aux numéros saisis avec un 0 initial hérité d'un autre pays.
Cameroun
+237
9
Passage à 9 chiffres depuis novembre 2014 : les fichiers anciens ou repris à un confrère contiennent encore des numéros à 8 chiffres.
Mali
+223
8
Pas de zéro d'appel national : un 0 de tête dans le fichier est une erreur de saisie, pas un préfixe.
Burkina Faso
+226
8
Même règle qu'au Mali ; vérifier les numéros importés depuis un carnet d'apporteur.
Maroc
+212
9
Le 0 initial du format local (06…, 07…) se supprime : 0612345678 devient +212612345678.
Ces longueurs sont celles constatées à la date de publication. Un plan de numérotation peut changer — c'est précisément ce qui s'est produit en Côte d'Ivoire puis au Bénin. Avant de lancer une conversion en masse sur plusieurs milliers de lignes, faites confirmer la règle par le régulateur télécom du pays ou par l'opérateur, et gardez une copie du fichier d'origine.
Le champ que tout le monde oublie : le consentement
Un numéro valide ne suffit pas. Les lois de protection des données de la région imposent une base légale pour traiter les coordonnées d'une personne et, pour la prospection, un consentement recueilli et prouvable : loi n° 2013-450 du 19 juin 2013 en Côte d'Ivoire, loi n° 2008-12 du 25 janvier 2008 et Commission de protection des données personnelles au Sénégal, livre V du Code du numérique et APDP au Bénin. Le fichier doit donc porter, pour chaque assuré, trois informations écrites noir sur blanc : la date de recueil de l'accord WhatsApp, le canal par lequel il a été donné (bulletin de souscription, message du client, formulaire en agence), et le fait qu'il ait ou non demandé à ne plus recevoir de messages commerciaux.
La distinction entre message de gestion et message de prospection est structurante : prévenir un assuré que son attestation est prête relève de l'exécution du contrat ; lui proposer une garantie santé qu'il n'a pas demandée relève du marketing. Deux colonnes valent mieux qu'une. La notion et la façon de la formaliser sont détaillées dans la fiche opt-in.
Un plan de nettoyage tenable en cinq jours
Jour 1 — rassembler. Un seul export par source (Excel comptabilité, extranets, carnets d'apporteurs), horodaté, dans un dossier unique. On ne corrige rien à ce stade : on constate combien de sources existent réellement.
Jour 2 — normaliser. Une colonne « téléphone international », remplie par formule à partir de la colonne d'origine, jamais en écrasant celle-ci. Une ligne par assuré, une colonne par contrat, et un identifiant interne stable.
Jour 3 — dédoublonner. Regrouper sur le numéro normalisé, puis arbitrer manuellement les cas litigieux avec le producteur qui connaît le client. C'est la seule étape qui ne se délègue pas à une formule.
Jour 4 — qualifier le consentement. Remplir les colonnes d'accord à partir des pièces existantes. Ce qui n'est pas documenté est marqué « à recueillir », pas « oui par défaut ».
Jour 5 — tester en petit. Un envoi sur cinquante clients d'une même agence, en observant les échecs de remise. Un taux d'échec anormal signale un problème de format, pas un problème de clients.
Un fichier normalisé s'importe par CSV dans l'écran Customers & Segments d'ORIS, avec le numéro, le statut, la branche et l'indicateur d'opt-in WhatsApp. À partir de là, les segments se construisent sur des filtres réels — score de risque, score d'engagement, opt-in WhatsApp, ancienneté — et les campagnes ne partent qu'aux clients marqués opt-in, les demandes d'arrêt (STOP, UNSUBSCRIBE) étant exclues automatiquement. Les variables des templates approuvés, comme le prénom ou la date d'échéance, se remplissent à partir des colonnes du fichier : une date manquante, c'est un message qui ne part pas. L'export CSV dans l'autre sens permet de rendre au cabinet la version enrichie de sa base. Le fichier reste la propriété du cabinet, et c'est bien lui, pas l'outil, qui détermine la qualité de tout ce qui suivra.
Questions fréquentes
Faut-il supprimer les numéros dont on n'a pas le consentement ?
Non, pas nécessairement. Un numéro peut rester au dossier pour l'exécution du contrat et la gestion des sinistres, ce qui relève d'une autre base légale que la prospection. Ce qu'il faut, c'est ne pas envoyer de message commercial à ces personnes tant que l'accord n'a pas été recueilli, et pouvoir le démontrer.
Comment récupérer les numéros qui sont seulement dans les téléphones des commerciaux ?
En organisant une remontée écrite : chaque collaborateur exporte ses contacts professionnels et les remet au cabinet, avec le nom du client en face. C'est aussi le bon moment pour rappeler que ces contacts appartiennent au cabinet et pour basculer les échanges vers le numéro professionnel, avant qu'un départ ne fasse disparaître la moitié du portefeuille.
Un même client avec deux numéros, lequel garder ?
Celui sur lequel il a répondu le plus récemment, en conservant l'autre dans une colonne secondaire plutôt qu'en le supprimant. Beaucoup d'assurés ont une puce par opérateur ; le numéro utilisé pour WhatsApp n'est pas toujours celui donné à la souscription.
Faut-il vérifier que le numéro a bien un compte WhatsApp avant d'écrire ?
C'est une bonne pratique, mais elle ne se fait pas en interrogeant les numéros un par un. On l'observe au premier envoi : les statuts de remise montrent quels numéros n'ont pas de compte actif. Ces lignes sont ensuite reprises à la main, par appel, et corrigées dans le fichier.
Combien de temps le nettoyage tient-il ?
Il ne tient que si la saisie change. Sans règle de saisie au format international dès la souscription et sans champ de consentement obligatoire dans le bulletin, le fichier se dégrade à nouveau en quelques mois. D'autres chantiers d'organisation sont regroupés dans le sujet organisation.
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